Les Lépreux, Bonhomme et Frégate, la généalogie de Pierre BERNIER,

Un article un fourre tout qui prend le pretexte de deux lettres de 1816 pour parler de Pierre BERNIER,

« Ce jourd’hui jeudi le vingt-cinquième d’avril mille huit cent seize,

            En vertu d’ordonnance verbale de son Excellence Monsieur le Gouverneur, les membres de la Chambre des Représentants de la campagne de cette île St Barthelemy soussignés, se sont assemblés ce jourd’hui à dix heures du matin chez l’un d’eux, Jean Louis L’ORANGE, à l’effet de délibérer sur la localité, situation et valeur de l’ilet appelé Frégate, pour être destiné à y faire transporter les personnes de cette île atteintes de lèpre.

            En conséquence, étant au dit lieu, et après avoir murement réfléchi sur ce dont s’agit, on a pensé que cet ilet est bien un de ceux de l’alentour de l’île qui convienne le mieux pour y mettre les personnes lépreuses et qu’ils estiment en leur âme et conscience que la somme de soixante et dix …..papier déchiré ….cependant qu’ils ….papier déchiré ….localité …. papier déchiré … En fois de quoi ils ont dressé le présent procès verbal pour tenir lieu de rapport auprès de son Excellence Monsieur le Gouverneur,

            Au Public, île St Barthelemy, l’an, jour et mois que dessus

            Les représentants de la partie du vent, signé Joseph BERNIER, Jean Marie DUZANT, DÉRAVIN, BABIN, Nicolas BERNIER.

            Les représentants de la partie de sous le vent,

Signé Jean Louis L’ORANGE – dépositaire des archives de la Chambre des Représentants de la campagne ».

Ilet Frégate

« Monsieur,

Après avoir réfléchi sur la proposition qui m’a été faite par les quelques membres de la Chambre des Représentants de la campagne pour choisir à Bonhomme un endroit convenable à y transporter quelques lépreux, je me vois absolument dans l’impossibilité de pouvoir le faire par trois raisons, dont la première est que je serais privé d’aller à cet îlet aussi souvent que je le désirerais, la seconde est que j’y exposerais mon gardien, et si je ne voudrais pas y mettre de mes esclaves, je ne serais plus dans le cas de m’en procurer d’autres, et enfin la troisième, est que mes bestiaux seraient dépréciés et courraient même le risque de devenir lépreux aussi par la contamination de mes mares que …. papier déchiré …privé de jouir … papier déchiré … propriété … papier déchiré … pour principe … papier déchiré …et de m’utiliser au bien public, je fais l’offre de céder cet ilet au prix de $ 1000 –

                        J’ai l’honneur d’être,

                        Monsieur,

                        votre très humble serviteur,

            Pierre BERNIER

            St Barthelemy, le 1er Mai 1816

Vue à 4 heures de l’après-midi du 1er mai 1816, en présence de Jean Baptiste QUESTEL

FSB 178 – signature de Pierre BERNIER

Nous n’aborderons pas la facilité avec laquelle en 1816 on pouvait réfléchir sérieusement, et honnêtement, à transférer sur un îlet les malades de la lèpre, autre temps, autre mœurs … d’autant qu’en ce moment ces sujets sont « sensibles » !

On pourra tout de même se poser la question de savoir comment des gens auraient pu vivre et même survivre sur un ilot comme ceux de Bonhomme ou Frégate.

Un genre de mouroir au soleil ?

Ilet Bonhomme

Je ne sais pas quand et comment Pierre BERNIER devient propriétaire de l’îlet Bonhomme, car les mentions précédentes que j’ai, donnent Nicolas BERNIER propriétaire en 1801 et 1807 voir Déprédations à Bonhomme. On peut noter que Pierre BERNIER est le neveu de ce Nicolas BERNIERPierre est donc le cousin de Nicolas « Molio » BERNIER.

Pierre BERNIER décède avant le mois de juin 1839. En effet, dans un courrier adressé « aux honorables Messieurs de la Cour de Justice de île de St Barthelemy » le 22 juillet 1839 par sa veuve Antoinette LÉDÉE, il est dit qu’un inventaire de succession daté le 3 juin montre une dette de 124.5 gourdes. Dans ce courrier on apprend « que pour liquider ces montants, (nous avons) exposé les domestiques en vente, mais n’ayant pas pu les vendre, les soussignés viennent solliciter de vous, Messieurs, une permission pour vendre l’îlot nommé Bonhomme de l’article 2eme de l’inventaire, pour le même prix de son estimation, afin de parvenir à cette liquidation ».

On notera tout de même l’euphémisme « exposé les domestiques » au lieu de « nous avons proposés nos esclaves aux enchères »

Un peu de généalogie :

Pierre est le fils de Joseph BERNIER né à Barrouallie (Saint-Vincent) vers 1753 et de Marie Marthe BRIN née à la Grande Saline vers 1753. Ils ont les habitations « Marigot » et « Pierre Legrand » (voir note en bas de l’article). En 1782 Joseph échange ses habitations « Vendôme » et « Renaud » (les deux sises à Saint-Jean) contre l’habitation « Montjean » à son frère Pierre. Le couple est très riche.

Antoinette est la fille de Joseph LEDÉE né à Lorient vers 1760, marguillier, et de Suzanne BORNICHE née vers 1764. Ils possèdent l’habitation « Dubocq » (voir note en bas de l’article) à Lorient et des terrains à l’anse d’Aillaud.

Le mariage a lieu quelques temps après le 6 aout 1809 même si je n’ai pas trouvé l’acte.  On le sait car Pierre est encore mineur, émancipé par la justice lorsqu’il demande à Nicolas BERNIER, son oncle à la fois paternel et maternel, l’autorisation de se marier (les parents de Pierre son décédés alors qu’il était âgé d’à peine deux ans). Celui-ci refuse catégoriquement, et le ton de la lettre est particulièrement violent :

« Monsieur Pierre BERNIER

Monsieur, je vous répond que je ne veut pas consentir à la demande que vous m’avez faite à vous engager, de ne pas y songer. Et … votre honneur, restez tranquille pour ne pas me faire venir à des extremités fâcheuses, non, non, non, je ne consentirai pas,

Bonsoir, Nicolas BERNIER

Vous devez me connaitre« .

Nicolas BERNIER sera convoqué par la cour de justice pour s’expliquer.

Je ne sais pas ce qui a pu se passer entre eux, d’autant que c’est Pierre qui a choisi cet oncle comme mentor particulier parmis ses nombreux parents.

FSB 157 – lettre de Nicolas BERNIER

Pierre BERNIER et son épouse habitent entre Marigot et Vitet (le lieu varie en fonction des actes).

Leurs enfants sont :

Joseph Pierre BERNIER, vers 1809, épouse Jeanne Rose LAPLACE en 1836

Anne Rose BERNIER, vers 1814, épouse Pierre AUBIN en 1841

Pierre dit Roselie BERNIER, 1814 épouse Marie Rose LAPLACE en 1835

Eloïse ou Louise ou Cécile BERNIER, vers 1815, épouse Jacques BRIN en 1830

Anne Rose BERNIER, 1818,

François BERNIER, 1821, épouse Anne Marie Antoinette BERRY en 1843

Émelie BERNIER, vers 1822, épouse Pierre dit Jack BERRY en 1843

Suzanne BERNIER, 1827, épouse Fréderic Louis BERNIER en 1848

C’est sans doute peu de temps après cet inventaire que l‘îlet Bonhomme change de propriétaire.

Note :

Pierre LEGRAND : il y en a un sur le recensement de 1681 et sur celui de 1690 également. Il devait posséder cette habitation
De la même manière, on trouve un Jean DUBOC sur ces deux recensements et il a dû donner son nom à cette habitation



Catégories :AUBIN, BERNIER, BERRY, bonhomme, BRIN, LAPLACE, Uncategorized

2 réponses

  1. Bonjour,
    Pierre le Grand c’est ainsi que l’on nommait Vitet. J’ai entendu ce nom par ma grand tante paternelle Aubin Angelina de Marigot fille de Anne Rose Louisa Laplace «  qui avait épousé en première noce Jules Dénis Bernier dit Molio ….

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  2. ‘Put them on an island somewhere’ is certainly an idea that recurs.

    Aimé par 1 personne

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