JEAN THÉODORE DERAVIN,

Saint-Barthelemy a produit des flibustiers, des corsaires, des cultivateurs acharnés, des chapelières talentueuses. Mais saviez vous qu’elle a aussi donné naissance à un grand vigneron … Australien ?

Jean Théodore DÉRAVIN, nait en octobre 1832 au quartier de Saint-Jean et il est baptisé le 22 septembre 1833 à l’église de Lorient, fils de Sainte-Catherine DÉRAVIN et de Marie Julie Adélaïde LABASTIDE (en ce qui concerne la famille DÉRAVIN, vous pouvez voir l’article FAMILLE DÉRAVIN )

Il est le plus jeune des enfants du couple qui en a déjà eu 7, dont François Adolphe le  premier fils né en 1817.

A 15 ans il travaille pour une société de négoce à Gustavia, et, sans doute se débrouille-t-il bien, il va devenir commis-voyageur, allant de Saint-Barthelemy vers New-York, Boston, Philadelphie et les iles des environs alors qu’il a à peine 16 ans.

En décembre 1852, à New-York, sa vie bascule. Un coup de tête ? Une décision mûrement réfléchie ? A-t-il prévenu sa famille ? Toujours est-il qu’il embarque comme passager (en tant qu' »unassisted passenger », cela veut dire qu’il paye sa place lui-même) sur le Lady Arbella en partance pour Melbourne en Australie, rien que ça … Il arrive à Melbourne le 24 janvier 1853 et commence sa nouvelle vie.

Il tente aussitôt sa chance comme chercheur d’or mais abandonne bien vite et retourne sur Melbourne, puis part pour Bendigo, à une centaine de kilomètre au nord-ouest et où il y a aussi des mines, et y arrive le 9 novembre, Puis il va à Mandurang, à quelques kilomètres de là où il prend une concession de 6 acres pour faire de la culture maraîchaire. En effet, l’activité minière à attiré une grosse main d’oeuvre qu’il faut nourrir. Il commence par planter des légumes, puis un verger, puis de la vigne.

La zone où il s’est installé est quasi vierge, mais grace à ses efforts, son entreprise prend de la valeur. En 1855, avec un associé, la surface atteint 26 acre, un an plus tard il rachète les parts le prix fort, et continue d’agrandir son domaine.

Le 26 fevrier 1858, Jean Théodore est naturalisé, et le 17 mars 1858, il épouse Louisa SMITH née en 1839 en Ecosse. Elle est arrivée en Australie en 1854 avec son père John SMITH qui devient maraîcher à proximité de Jean Théodore.

En 1866, l’exploitation compte 1/4 d’acre en vigne. En 1870, il en a 2, puis rapidement, 20 acres. Le plus grand vignoble du district auquel il donne le nom de « Chateau Doré ». Il utilise des methodes scientifiques pour produire un vin de bonne qualité, et il ne vend ses vins que lorsqu’ils sont matures et au mieux pour les apprécier.

Vers 1890, il modernise son exploitation et investit pour 2000 Livres. Il a deux caves et deux salles de production avec 7 tanks de 600 gallons chacun. Il a même une chaine d’embouteillage avec sterilisation des bouteilles. En 1893, un le phylloxera touche un vignoble voisin. Bien qu’aucune trace de l’insecte ne soit jamais détectée dans son vignoble, il doit arracher tous les pieds de vigne (quelques temps plus tard la loi changera, n’obligeant plus que l’arrachage des pieds touchés … mais c’est trop tard pour lui). Il ne touchera aucune aide, aucune compensation du gouvernement.

Il ne baisse pas les bras pour autant ! Se trouvant à la tête d’un equipement moderne et efficace, il se met alors à faire du vin avec les raisins produits par d’autres vignobles. Il maintient une qualité de production qui en fait sa réputation jusque dans d’autres états Australiens.

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Bendigo historical society – probablement la seule bouteille de vin du temps de Jean Théodore existant encore – elle a plus de 120 ans !

En 1901, une nouvelle loi (The Wines Adulteration Bill) décrète qu’il est interdit d’utiliser de l’acide salicylique dans le procédé de vinification. Les autorités donne un certain temps pour l’ecoulement des stocks, mais, Jean Théodore, qui croit farouchement en l’amélioration de ses vins par la garde en cave, en a des stocks énormes (il a des vins de plus de vingt-ans d’âge) et ne peut les vendre avant la date butoire. Le 6 aout 1901, un agent du gouvernement arrive donc chez lui et détruit 13 000 gallons de vins pour une valeur de 5000 Livres ! Encore une fois, il ne beneficie d’aucune compensation, d’aucune aide. Le fruit de 35 ans de travail est réduit à néant. Il ne plantera plus de vigne et abandonne la vinification.

Pendant toutes ces années, il ne se contente pas des légumes, des fruits ou du vin. Il participe à beaucoup d’entreprises et se trouve même directeur d’une quarantaine de societés en même temps ! Il posséde des parts dans toutes les mines des environs.

Il s’investit aussi beaucoup dans la vie sociale et aide comme il peut la communauté dans le monde de l’éducation.

Entre 1859 et 1882, Jean Théodore et Louisa Catherine auront 12 enfants, 9 garçons et 3 filles pour qui il fera tout ce qu’il faut pour qu’ils aient accès à l’université pensant qu’il vaut mieux donner une bonne éducation à ses enfants et de les préparer à la vie, que de leur laisser beaucoup d’argent. Il leur enseigne l’importance d’aider son prochain et de rester le plus possible indépendant.

Au fur et à mesure que les enfants finissent l’université et qu’ils travaillent, ils repayent l’argent qu’ont couté leurs études pour pouvoir payer les études des suivants.

Des 9 garçons DÉRAVIN, un fut le principal d’un collège, six furent docteurs, un reprit Chateau Doré, un autre, Théodore Emmanuel, la ferme de son grand-père maternel (celle de John SMITH) avant de partir pour le Congo Belge (comme conseiller du gouvernement pour les mines) où il mourut d’un coup de feu accidentel en 1909.

John Théodore DÉRAVIN est un infatigable. En février 1899, il part en voyage et s’embarque à bord d’un bateau pour Londre. Il débarque à Naples en Italie qu’il visite, puis continue sur Paris, puis, de là, continue sur Londres. Jugeant sa santé suffisamment bonne, il décide de continuer le voyage vers les Antilles et de revoir son ile et sa famille qu’il avait quitté 47 ans plus tôt. Il prend un vapeur à destination de la Barbade, puis continue en remontant, Martinique, Guadeloupe et Saint-Barth. Il reprend un bateau pour Southampton, et visite l’Angleterre, l’Irlande et l’Ecosse, puis quelques pays sur le continent.  Au cours de son voyage, il visite bien sûr les vignobles Italiens, Français et Allemand. Il dit trouver la bière Allemande la meilleur, mais s’étonne que personne n’y parle l’Anglais ou le Français … Il trouve les vins Italiens vendus beaucoup trop chers pour leur qualité et pense que les vins Australiens sont du niveau des meilleurs vins Européens. Il estime que les vignerons Australiens doivent apprendre à faire vieillir leurs vins, mais qu’au niveau de la technique ils n’ont rien à apprendre des Français.

Le 27 octobre il repart de Londres à destination de Melbourne ou il arrive après 10 mois de voyage.

Louisa Catherine décède le 28 octobre 1904, et Jean Théodore le 1er décembre 1911.

Ils ont, avec panache, installé le nom DÉRAVIN (devenu semble-t-il DeRAVIN) en Australie avec une très nombreuse descendance.

Chateau Doré existe toujours, c’est devenu un bel endroit pour l’organisation de receptions ou de mariages.

Il y a encore (en tous cas jusqu’à récement) des vins commercialisés (par un des descendants) sous le nom « Chateau Doré »

chateau doré 2008 - Shiraz

DERAVIN jean theodore 1
Jean Théodore DÉRAVIN – collection famille DÉRAVIN

with the help of Kira WHITE from Tasmania



Catégories :Uncategorized

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2 réponses

  1. What an interesting life!!

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Rétroliens

  1. Guillaume LACROIX, corsaire de Saint-Barthelemy ! – The Saint-Barth Islander

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