Lizette de Guinée, la grand-mère Africaine (suite d’Elizabeth la petite esclave)

Le sujet principal de cet article commence plus bas, mais il est bon de connaitre le contexte.

Capture d’écran 2020-04-03 à 16.27.54

FRANOM FSB 311 partie de la premiere page de la succession de Jean François GRÉAUX dit l’Ami

Le 3 février 1823, le Sieur Jean François GRÉAUX, dit « l’Ami », décède à l’Anse des Cayes où il était habitant avec son épouse Florence GRÉAUX.

Jean François est le fils d’André GRÉAUX et de Marie Magdelaine AUBIN, ils sont cultivateurs à l’Anse des Flamands.

Florence est la fille de Jacques GRÉAUX dit « Fils » et de Marie Rose PIMONT, ils sont cultivateurs à l’Anse des Lézards.

« Le 24 avril de la même année, on procède à l’inventaire descriptif et estimatif des biens meubles et immeubles, dettes actives et passives, titres et papiers dépendant de la succession du défunt et de la communauté qui existait entre lui et la dame Florence GRÉAUX, maintenant sa veuve »

Sont présents les enfants :

Jean-François dit « L’ami », marié à Marie Bernadine QUESTEL,  (ils habitent à Flamands)

Pierre (je n’ai pas réussi à l’identifier parmi les nombreux Pierre GRÉAUX que j’ai pour l’instant)

Jacques, marié à Emilie GRÉAUX (ils habitent à Flamands)

Antoine, marié à Marianne BERRY (ils habitent à l’Anse des Cayes)

Joseph, marié à Marie Magdelaine MAGRAS (ils habitent à l’Anse des Cayes)

Florence, mariée à Jacques QUESTEL (ils semblent habiter Flamands)

Marie Magdelaine, mariée à Pierre et/ou François DANET (ils vivent à Colombier)

Marie Rose ou Jeanne Rose, mariée à Clément LAPLACE (ils habitent à l’Anse des Cayes)

François GRÉAUX, toujours mineur (en 1825 il épousera Marie Anne Félicité MAGRAS et la famille habitera Anse des Cayes).

Dans les biens immeubles :  il y a une habitation de 14 carrés située à l’Anse des Cayes. Cette habitation vient en partie des parents de Florence et de terres achetées par le couple. Cette habitation est constituée d’une maison en charpente en assez bon état (c’est assez rare à cette époque) et d’un magasin très petit

Il y a aussi une habitation de 3 carrés à l’Anse des Flamands (Admirez les techniques d’arpentage ! )  » bornée au Nord par Mr Gustaf EKERMAN et la mer où il y a sur l’anse un arbre Bouis, à chasser à l’Ouest par le dit EKERMAN où il y a une pile de roches mise exprès, à l’Est par le même et le Sieur Jacques QUESTEL où il y a un figuier marron sur une roche, à chasser dans le fond d’une ravine à une grosse roche remarquable pour un jeune arbre appellé Gommier, de là, à chasser en ligne directe vers le Nord d’Est, à une roche dans la mer appellée « La Roche aux Fins ».

Maintenant nous atteignons le but de notre article : Elizabeth la petite esclave (vous pouvez relire mon précédent article si vous avez oublié de qui nous allons parler).

https://saintbarthislander.com/2019/10/09/elisabeth-la-petite-esclave/

Les différents biens dans les successions sont énumérés les uns aprés les autres. Après les biens immeubles (terrains et batiments), c’est le tour des esclaves. Evidement, en arrivant sur cette succession, c’est ce que je cherche en premier. Ce pourrait-il qu’elle soit là ? Je fais défiler les pages, et me précipite sur le chapitre « Esclaves ».

La liste des esclaves commence à l’article 7 jusqu’au numéro 22, il y a donc 16 esclaves à partager dans cette succession. C’est une « grosse » succession.

Capture d’écran 2020-04-03 à 14.56.57

FRANOM FSB 311 partie de page de la succession de Jean François GRÉAUX dit l’Ami

Au numéro 13, je tombe en arret sur « Elisabeth, fille de Lisette, noire créole, agée d’environ 39 ans          estimée 225 gourdes  (« noire créole » car née aux Antilles, sans doute à Saint-Barthelemy).

Puis, juste en dessous :

14      Angelique, mulatresse (comme ses frères et soeurs ci-dessous, ils ont donc bien un père blanc), agée d’environ 14/16 ans estimée 200 gourdes

15     Marguerite, mulatresse, agée d’environ 11 ans, estimée 150 gourdes

16     Jean Jacques, mulatre d’environ 8 ans, 120 gourdes

17    Adèle, mulatresse d’environ 5 ans, 80 gourdes

18    Dominique, mulatre d’environ 1 an et demi, 30 gourdes.

Je n’avais pas entendu parler d’Angelique avant, mais nous avons bien Elisabeth et ses 4 enfants connus. Tous ont une valeur marchande, et ils ont beau tous avoir une foultitude de descendants aujourd’hui, à cette époque, dans cette succession, ils ne sont qu’une marchandise.

Comme on vient de le voir plus haut, Elisabeth est la fille de Lizette, et Lizette figure aussi dans la liste des esclaves. C’est elle qui figure au numéro 1.

Capture d’écran 2020-04-03 à 14.55.05

FRANOM FSB 311 partie de page de la succession de Jean François GRÉAUX dit l’Ami

LIZETTE, de Guinée, agée d’environ 70 ans, non estimée à cause de caducité, les heritiers la laissant au service de leur mère, mais que dans le cas que celle-ci précederait l’esclave, ils sont d’accord d’en prendre soin à frais communs ».

Il n’est pas si courant de remonter si haut dans des arbres génèalogiques de descendants d’esclaves. Pensez donc, Lizette serait née sur la Côte de Guinée vers 1750 !

Donc, oui, à vous les descendants d’Elisabeth et avant elle, de Lizette de Guinée, vous avez bien une grand-mère Africaine, Lizette de Guinée !

Postscriptum : Le 28 avril ont procède au partage après avoir fait des calculs pour tout séparer en 10. Evidement, les esclaves aussi sont partagés :

Florence GRÉAUX la veuve emporte dans son lot, Marguerite de l’article 15, et Jean Jacques de l’article 16

Jacques GRÉAUX emporte dans son lot, Elisabeth de l’article 13 et Dominique son enfant de l’article 18

Joseph GRÉAUX emporte dans son lot, Angelique de l’article 14

Pierre GRÉAUX emporte dans son lot, Adèle de l’article 17.

Elisabeth et ses enfants sont séparés, et Jacques GRÉAUX laisse ses enfants partir et continuer leur vie d’esclaves chez ses fréres et soeurs sans plus de cérémonial.

Les 4 enfants d’Elisabeth seront vraissemblablement libérés en 1846, et tous se marient entre 1847 et 1849 avec d’autres esclaves fraichement affranchis (« dit DUZANT », « dit LÉDÉE »).



Catégories :EKERMAN, ELISABETH, esclavage, Greaux, LAPLACE, PIMONT, QUESTEL, Uncategorized

3 réponses

  1. Bravo Jerome, C’est une découverte remarquable , A mon niveau de connaissance sur la généalogie des 10 à 20 NOMs de familles St Barths depuis les premiers arrivants , il y a surement d’autres Elisabeth / Lizette Aieul(e) /Aieux des St Barths,
    Bravo et merci pour toute cette richesse d’information sur notre Histoire.

    Christian

    J'aime

Rétroliens

  1. Dominique GRÉAUX et Jeanne Rose LÉDÉE, esclaves – The Saint-Barth Islander
  2. Joseph LÉDÉE et Adèle GRÉAUX, esclaves – The Saint-Barth Islander

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :