Un peu comme une liste à la Prévert, cette succession rédigée sur notre île en 1785. Je l’ai recopiée telle qu’elle était écrite, en omettant les valeurs, pour qu’elle soit plus facile à lire, presque comme une poésie des temps anciens.
L’inventaire surprend par sa richesse pour une habitation rurale de Saint-Barthélemy à la fin du XVIIIe siècle. Derrière cette liste apparemment désordonnée d’objets du quotidien apparaît pourtant le portrait d’une famille relativement aisée, partagée entre activités rurales, pêche et économie domestique.
Le 11 août 1785, on procède à l’inventaire de succession de Marie Rose Borniche, vivante, épouse de Sébastien Giraud « père ».
Marie Rose est née le 4 janvier 1753 à Saint-Barthélemy. Elle est baptisée le 4 février de la même année. Elle est la fille de Jean Baptiste Borniche et de Catherine Vittet.
Elle a épousé Sébastien Giraud le 27 août 1782.
Le couple n’a eu qu’un enfant, Sébastien Alexis, né vers décembre 1783. Il est donc un enfant en bas âge lorsque sa mère décède.
Les biens de la communauté comprennent :
Une habitation située au quartier du Roi (ils l’avaient achetée à Charles Ventre)
Une maison située dans le quartier d’orient, avec son terrain et bâtisses dessus
Un lit, un matelas de plume, une paillasse, sept draps et six toiles d’oreillers, une couverture en courtepointe
Quatre nappes ouvrées et dix serviettes
Six serviettes et trois nappes
Seize têtes d’oreillers et deux couvertures,
Plats, assiettes et soupières, tasses à café communes et porcelaine, carafes, gobelets, et autres ustensiles de ménage
Huit dame-jeannes et bouteilles vides
Deux caisses de savon, carreaux à passer, moulin à café, couteaux, cuillères et fourchettes, trois chaudières et deux chandeliers, dix chaises, une seine neuve, quatre tierçons à l’eau (tonnelets), une baille, un bureau, une table, une platine
Marchandises sèches de diverses espèces et une malle
Une morlais ( toile de la ville de Morlaix en Bretagne), une Indienne (pièce de toile de coton imprimée), un mantelet de soie neuf garni en gaze,
Quatre tableaux, une pièce de taffetas jaune, douze livres de fil à coudre,
Placide, « négresse blanchisseuse » âgée de 24 ans, et sa « négritte » âgée de 4 ans,
Sara, « négresse couturière » âgée de 20 ans, et son enfant mulâtre âgé d’un mois,
Lucie, « négresse propre au jardin »
Une goélette du port de six tonneaux avec ses agrès et apparaux et son canot,
Quatre barriques de vin, dix huit bouteilles d’orgeat, six caisses de ratafia, huit caisses de vin de Frontignan, deux caisses de vin vieux,
Un canot à Saint-Martin, un cheval bridé et sellé, sept mères cabrites et leur suite.
Il y a également des créances qui leur sont dues, dont une de la part de Jean-Pierre Chierque. Je pense que c’est la première fois que je vois le patronyme « Serge » écrit ainsi en dehors du registre paroissial. Intéressant.
Contrairement à ce qu’on voit habituellement, il n’y a aucun sous-titre séparant les divers éléments de cette succession, et les esclaves apparaissent là, comme ça, au détour de douze livres de fil à coudre et des barriques de vin.
En valeur, c’est une belle succession d’un montant de 4 839 piastres.
Pour cette seconde partie de l’article, ce que je trouve le plus intéressant, ce sont les indications fournies sur la méthode de construction des maisons. On est bien loin des jolies petites cases créoles planchées et multicolores. À cette époque, à la campagne, on devait se contenter de pas grand-chose pour dire qu’on avait un toit sur la tête.
Le 19 mai 1802, après le décès de Sébastien Giraud « père », on procède à l’estimation des biens dont Jean Étienne Borniche (oncle maternel de Sébastien Alexis) avait eu la charge jusqu’alors. C’est à présent son oncle paternel, Antoine Giraud, qui s’en occupe.
Une maison située dans le quartier d’Orient, bâtie sur un terrain indépendant, avec deux chambres et, en dépendance, une cuisine avec un four. La maison est couverte de paille et entourée de gaulettes sur lesquelles est appliqué du plâtre. Le tout, en mauvais état. La maison est présentement louée à Alexis Brin par arrangement avec Mr. Borniche qui a payé les loyers jusqu’à présent.
Une maison située sur l’habitation de Saint-Jean divisée en une seule salle basse et mesurant environ 18 pieds en façade et 12 pieds de profondeur
Une case sur l’habitation de Saint-Jean en forme d’appentis, couvert en essentes et entourée de paille sur laquelle est appliqué du plâtre
Une autre case, servant de cuisine, couverte de paille.
Les maisons sont décrites comme entourées de paille ou de gaulettes recouvertes de « plâtre ». Il est toutefois très probable que ce terme désigne ici un enduit de type torchis ou chaux, plutôt que du plâtre au sens moderne.
Ci-dessous, des exemples de ce à quoi la majorité des cases à la campagne devaient ressembler à cette époque.



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