L’origine des QUESTEL

Lorsqu’on fouine un peu dans les archives du 18eme siècle disponibles aux Antilles, on s’aperçoit qu’il y a des QUESTEL un peut partout. A Saint-Barthélemy, mais aussi en Guadeloupe, Martinique, Sainte-Lucie et Saint-Vincent. Ils semblent aller d’une île à l’autre, y revenir, en repartir. Ils semblent nombreux, sans que l’on puisse en comprendre la racine. Sont-ils une seule et même famille, ou le fruit de plusieurs arrivages d’individus de familles différentes ?

Jean Deveau pense qu’il faut chercher l’origine des QUESTEL de Saint-Barthélemy  du côté d’un Robert QUESTEL de Saint-Arnoult qui embarque le 5 mai 1636 sur le « Jacques » à Honfleur, pour aller « aux isles Saint-Christophe ou autres adjacentes habitez des François ». Deveau estime que François QUESTEL, qui figure sur le recensement de Saint-Christophe en 1671 est le fils de Robert, et que Jacques QUESTEL, qu’on retrouve à Saint-Barthélemy marié à une Elisabeth HODE et père d’au moins dix enfants, est le fils de François.

Que penser de plus ? Sans autres documents, on aurait pu en rester là.

Alors on cherche, on compare des arbres mis en ligne par d’autres, on recoupe, on continue à chercher.

J’avais vu passer l’arbre d’une famille QUESTEL lors d’une recherche. Un bel arbre ancien, en cuir, mais dont la photo était totalement illisible, accompagné d’une transcription dont je me demandais comment elle avait été faite, et par qui. Le tout sans aucune date. Ni aucun lieu. Donc inutilisable. Et à priori, invérifiable.

Il y a quelques jours, je tombe sur le testament d’une veuve QUESTEL, rédigé le 17 janvier 1800 à Saint-Pierre en Martinique, mais compilé dans un recueil de documents légaux de Saint-Vincent conservés en Angleterre. L’entête du document est illisible, car la photo est floue. Par chance j’en trouve une deuxième copie bien nette et on peut lire « Fut présente dame Marie Adélaïde BOUCHER BELAIR, veuve du sieur Charles Julien QUESTEL, ci devant habitante en l’île de Saint-Vincent, et résidente présentement en cette île de Martinique, dans la ville et paroisse Saint-Pierre, rue de la consolation dans un appartement de la maison de la dame LOZEAU ; la dite dame gisante au lit, malade de corps, mais parfaitement saine d’esprit, mémoire, jugement et entendement … / … je déclare m’être mariée dans l’île de Saint-Vincent, colonie Anglaise … / … le tiers de mes biens délaissés par mon mari qui m’a laissé le dit tiers par son testament en date du douze février 1794 retournera au désir du dit testament à mes cinq enfants qui sont Jean Pierre Marie Joseph QUESTEL, Louis-Hyacinthe QUESTEL, Antoine QUESTEL, Marie Adélaïde QUESTEL épouse du sieur FRENCH, et Jean Baptiste QUESTEL ».

Je file donc aussitôt à la recherche du testament de Charles Julien QUESTEL. J’en trouve un en date du 26 Mai 1795 à Saint-Vincent. « Au nom de Dieu, amen, Je, Charles Julien QUESTEL, natif de la paroisse de Notre Dame du bon port du Mouillage dans l’isle de la Martinique, et habitant de l’isle de Saint-Vincent, fils de feu Charles François QUESTEL et de Marianne PICHON, mes père et mère … / … comme j’ai deux fils de mon premier mariage avec feue mon épouse Marie Anne Charlotte BOURBON, savoir Charles François QUESTEL, âgé d’environ trente-sept ans et Jacques Dolbert QUESTEL âgé d’environ trente-cinq ans, et, de mon second mariage avec ma présente épouse Marie Adelaïde BOUCHÉ BELAIR, cinq enfants vivants, savoir, Jean Pierre Marie Joseph, environ vingt sept ans, Louis Hyacinthe, environ vingt-cinq ans, Antoine, environ vingt-trois ans, Marie Adélaïde âgée d’environ vingt-et-un ans et Jean Baptiste, âgé d’environ dix-neuf ans ; je veux et j’ordonne qu’immédiatement après ma mort, il soit fait inventaire général et évaluation de toute mon habitation – esclaves et bâtiments à l’anse Joyaux et tous mes autres biens et effets quelconques en cette isle et ailleurs ».

A noter que j’ai aussi trouvé des mariages de ses enfants à Saint-Vincent, dans les registres de l’Eglise d’Angleterre de la paroisse Saint-George.

Marianne QUESTEL épouse François LAFARGUE DELABARRÈRE le 26 avril 1773

Pierre Julien QUESTEL épouse Catherine Emilie ARSONNEAU le 22 avril 1788 (lls habitent Chateaubelair dans le nord de Saint-Vincent,

Marie Adélaïde QUESTEL épouse James FRENCH le 11 juillet 1789

Grossissement d’une partie de l’arbre généalogique des QUESTEL – Collection privée de Madame Jeanne-France FINE

Les informations généalogiques contenues par ces deux testaments retranscrites dans ma database me permettent d’y voir un peu plus clair, et surtout, de partir à la recherche d’arbres en ligne dans lesquels ces personnes pourraient figurer. En fait, en dehors des noms des épouses, on ne retrouve Charles François, Charles Julien et les autres pratiquement que sur la page où se trouvent l’arbre et la transcription dont j’ai parlé plus haut. Ils sont bien là, mais maintenant j’ai un lieu et des dates, ce qui me permet d’installer cet arbre dans le temps et de poser des jalons.

On remarque que l’arbre indique un ancêtre commun à plusieurs enfants, six, tous issus du même père (de mères différentes ?), mais il ne donne la descendance que de la 1ere branche, celle du premier fils, Charles QUESTEL.

Grossissement d’une partie de l’arbre généalogique des QUESTEL – Collection privée de Madame Jeanne-France FINE

En partant du principe que Charles Julien QUESTEL épouse Marie Anne Charlotte BOURBON vers 1756, il pourrait être né vers 1735. Avec la même logique, on peut penser que son père Charles François est né vers 1710, et que Charles, celui de la première branche,  est né vers 1680, disons 1670 pour tenir compte des aléas sur 3 générations.

Lorsqu’on regarde bien la liste des frères et sœurs de ce Charles, on s’aperçoit qu’elle colle de très près avec la généalogie des QUESTEL de Saint-Barth, en tous cas, celle que je m’étais figurée, les estimations de naissance aussi.

La liste des descendants de l’ancêtre Jacques QUESTEL d’après l’arbre de 1778, peut-être considérée comme « sûre » (puisque, comme on l’a vu plus haut, on retrouve trace des personnes qu’elle mentionne), on doit pouvoir l’utiliser comme une pierre angulaire de la construction de notre généalogie des QUESTEL. Il est à noter que nous n’avons par contre, aucune preuve que Jacques « fils », Charles, Marianne et Ollivier que l’on retrouve dans les registres de Saint-Barthélemy sont frères et sœurs. Nous ne pouvons que supposer et utiliser la proximité géographique et temporelle pour le penser.

Si on regarde attentivement le recensement de 1690 de Saint-Barthélemy, on trouve trois QUESTEL : un homme en arme, Charles, et deux hommes sans armes, Jacques et Jacques. On peut penser que Charles « avec armes » est le fils d’un des deux Jacques (trop vieux ?) et le frère de l’autre, qui ne semblent pas être considéré comme un enfant, donc peut-être âgés d’environ vingt ans ? Ils seraient nés au début des années 1670. Il est donc possible que Jacques QUESTEL père soit celui de notre arbre, et que Charles et Jacques fils, soient deux des six enfants mentionnés. Cet arbre est d’ailleurs le seul document qui se rapproche de ce recensement, une proximité pour le moins troublante et qui mérite qu’on la prenne en compte. D’après les estimations de naissance, on pourrait penser que Charles et François soient nés à Saint-Christophe, ou une autre île, Jacques et Charles François à Saint-Christophe, et Marianne et Olivier à Saint-Barthélemy

Pourquoi ni François, ni Charles François ne sont mentionnés sur le recensement de Saint-Barthélemy de 1690 ? Peut-être que François est ailleurs et que Charles François est encore trop jeune pour y figurer ? Ensuite il y a les grands chamboulements des années de guerres avec les Anglais. Les Saint-Barths sont évacués, les familles séparées, perturbées, certains restent là où ils ont été amenés (Martinique) puis de là passent sur Saint-Vincent ou la Guadeloupe, d’autres, retournent sur Saint-Barthélemy. On pourrait penser que c’est à ce moment là que Jacques se trouve séparé du reste des QUESTEL. On peut noter que Jacques et son épouse Elisabeth sont installés au quartier de Public à Saint-Barthélemy, et que c’est par les mariages de leurs garçons que le nom va partir occuper d’autres quartiers : Grande Saline, Saint-Jean, Colombier d’abord.

Il y a néanmoins deux problèmes avec mon hypothèse :

            François QUESTEL épouse Marie Magdelaine GRÉAUX le 19 novembre 1724, il décède le 5 juin 1766 âgé de soixante-neuf ans. Nul part ne sont mentionnés les noms de ses parents, et d’après son l’acte de sépulture, il serait né vers 1697. N’ayant personne d’autre à qui le rattacher, je lui avais attribué comme parents Jacques QUESTEL et Elisabeth HODE, mais cela fait une grosse différence d’âge par rapport à ses frères et sœurs qui serait nés entre 1710 et 1730. Ce François ne peut pas être le fils de Jacques ancêtre, mais pourrait-il être son fils ? Ou un autre neveu de Jacques fils ? Par exemple un fils de François, le deuxième fils de Jacques père ?

            Jean Pierre QUESTEL, l’époux de Reine BERNIER et qui serait né vers 1689. Je l’avais rattaché à mon QUESTEL ancêtre, mais il n’est visiblement pas son fils car il ne figure pas sur l’arbre de 1778. De qui est-il le fils ? Pourrait-il être un petit fils du couple François QUESTEL et Simone DOLBEC dont parle Deveau ?

            Pour ne pas perdre la trace de ces deux individus, je les garde à leur place dans ma généalogie, tout en sachant qu’il doit y avoir une erreur.

Le bel arbre généalogique dont je parle depuis le début de cet article a été composé par Jean Baptiste QUESTEL (à priori négociant à Saint-Domingue) en 1778.

Il mesure 125 cm sur 65 cm, tracé sur une feuille de cuir clouée sur un cadre en bois.

On peut lire, en haut à gauche

 «  Arbre généalogique de Jacques QUESTEL natif de Rouen, père commun, il a eu 6 enfants, savoir

Le premier se nomme Charles QUESTEL

Le second François QUESTEL

Le troisième Jacques QUESTEL

Le quatrième, Charles François QUESTEL

La cinquième, Marie Anne QUESTEL

Le sixième, Ollivier QUESTEL

Grossissement d’une partie de l’arbre généalogique des QUESTEL – Collection privée de Madame Jeanne-France FINE

Tout, dans le titre de cet arbre indique pour moi que c’est CE Jacques QUESTEL qui arrive aux Antilles et crée la généalogie des QUESTEL. Il est arrivé de France, Rouen ou sa région, seul, ou avec une première femme, et a fondé sa famille, sans doute déjà brinquebalé d’une île à une autre, échappant aux recensements, ou arrivé à Saint-Barthélemy quelque part entre 1681 et 1690. Je ne crois pas que Robert QUESTEL arrivé aux Antilles courant 1636 (l’est-il d’ailleurs vraiment ?) ait pu gagner de l’argent aussi vite après ses trois années d’engagé, pour retourner en France y trouver femme, avoir au moins un fils sur place (Jacques puisqu’il est dit natif de Rouen) voire un deuxième (François, celui de Deveau, marié avec Simone DOLBEC) et qu’il soit retourné dans l’autre sens avec sa petite famille. Mais pourquoi pas ?

Il est vrai que ma théorie n’est pas complète, car il manque des actes, et qu’il reste des interrogations, mais cet inestimable joyau qu’est cet arbre de 1778, nous permet, j’en suis convaincu, d’établir correctement la généalogie des QUESTEL aux Antilles. Ainsi, la famille QUESTEL serait la première des anciennes familles de Saint-Barthélemy à pouvoir faire remonter ses racines jusqu’à l’ancêtre parti de France.

L’arbre ci-dessus n’est qu’une tentative de représentation, il n’est pas complet et comporte des erreurs.

Cet arbre a une histoire particulière, et sans internet, nous n’en aurions sans doute jamais entendu parler. En effet, ce n’est pas dans une des îles ou en Normandie qu’il aurait fallu aller le dénicher, non, mais dans ce qui est à présent les quartiers nord de Marseille !

Marie, ou Marie Françoise QUESTEL, fille de Charles QUESTEL, épouse Arnaud SALLES, sans doute à Saint-Pierre vers 1737. Ils ont de nombreux enfants dont Pierre Arnaud (docteur en médecine) et Charles François (officier d’infanterie), tous les deux mariés à Marseille, et c’est par leur intermédiaire que l’arbre de Jean Baptiste QUESTEL transite vers la France. Il restera accroché exposé dans la demeure familiale de leurs descendants, l’Hospitalière, située dans le quartier Les Aygalades, jusqu’en 1985 !

Collection privée de Madame Jeanne-France FINE

Avec l’aide et la bienveillance de Monsieur Vincent RENARD, et la gentillesse de sa cousine par alliance, Madame Jeanne-France FINE, qui est une descendante de Jacques QUESTEL de Rouen. Décryptage et transcription de Madame  Jeanne-France FINE en collaboration avec Madame Françoise SAGUES.

Reproduction de l’arbre des QUESTEL avec l’aimable autorisation de Madame Jeanne-France FINE.

Pour être complet sur le sujet des QUESTEL, on pourra remarquer qu’il y a une branche indépendante de QUESTEL sur l’île de Saint-Martin, celle de Louis Guillaume QUESTEL né à Honfleur dans le Calvados en Normandie. Celui-ci aura plusieurs enfants à partir de 1822 avec une demoiselle Rose Marie Louise BELLE, dont le père était arrivé de Uzès dans le Gard, et la mère, Celeste Elisabeth GUERIN était née à Barrouallie à Saint-Vincent. On peut noter d’ailleurs qu’on trouve le nom GUERIN / GAYRIN (un rapport avec nos GARRIN ?) dans plusieurs documents Français de Saint-Vincent. On peut penser que la mère de Rose avait croisé des QUESTEL à Saint-Vincent. Y-a-t-il une parenté entre ces deux branches de QUESTEL ?



Catégories :hode, MARTINIQUE, QUESTEL, SAINT-CHRISTOPHE, SAINT-VINCENT, SAINTE-LUCIE, Uncategorized

3 réponses

  1. These family history relics are amazing sources for theories, corroboration, and providing avenues for further research.
    Has a historical description of the Marseille artifact been made? The history of the artifact would be as interesting to know as the genealogy it contains.
    Bravo, Jerome! I agree that this kind of research is something new – a post internet possibility only.
    I’m still not sure on which branch of the Questel forest my relative will eventually be found.
    One important point underlying your article is the understanding of the fluidity of populations in the Caribbean in the 17th and 18th centuries.

    Aimé par 2 personnes

  2. Hi Jerome. Very interesting article on the Questel family origins in the Caribbean. There is so much research possible on emigration patterns between the islands in the Caribbean during former centuries, whether voluntarily or by force. Keep up the good work.

    Theodore (Teddy) Johnson

    J'aime

  3. Thank you very much for these fascinating insights. With reasonable certainty, I can trace one branch of my ancestry back to the Questel presence in St Vincent, not least to Jacques Dolbert Questel, who was apparently a member of the House of Assembly in the 1820s. There is much research still to do, and this article provides much inspiration – bravo!

    Andrew Cumine

    Aimé par 1 personne

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