Les cases du quartier Saint Antoine et la famille de Pierre LAPLACE

Les inventaires des successions, en dehors de nous donner la liste des biens qu’une famille possédait à une date précise, nous permettent aussi de clarifier certaines relations familliales (les enfants, les parents, les fréres, les soeurs, aïeux et autres), cela permet de combler les nombreuses lacunes des registres paroissiaux. Cela nous permet aussi d’entrevoir le quotidien des habitants de cette époque, et comme ici, cela peut aussi nous aider à mieux comprendre notre patrimoine.

FRANOM FSB 301 ALVIN – succession Pierre LAPLACE

Le ving-trois mars 1791, on procède à l’inventaire de la succession de feu Pierre LAPLACE, décédé le 21 octobre de l’année précédente. On pourra déjà noter que le quartier n’est pas nommé  » Anse Toinie » ou « Anse à l’Antoine » comme on peut le voir dans certains vieux documents, mais, « Quartier Saint-Antoine ».

La veuve du défunt est Françoise Félicité LÉDÉE née le 06 juillet 1735 (de Jean René LÉDÉE et de Catherine GRÉAUX),

et leurs enfants légitimes, tous nés à Saint-Barthelemy et, je le suppose de part le lieu de résidence des parents, au quartier de Toiny.

Pierre LAPLACE, né vers 1760

Françoise Félicité LAPLACE, née le 28 avril 1759, épouse de Clément BRIN, cultivateurs à Grande Saline (lieu de naissance de Clément)

Suzanne LAPLACE, née en 1766, épouse de Pierre LÉDÉE, cultivateurs à Grand Fond

Philippe LAPLACE, né le 02 avril 1764, époux de Anne Marguerite BORNICHE, cultivateurs à Lorient

Elisabeth Louise LAPLACE, mineure d’âge née vers 1769 (elle épousera Nicolas BRIN en 1793 et ils seront cultivateurs à Cul de Sac)

Catherine Marie Rose LAPLACE, mineure d’âge, née le 10 décembre 1769 (elle épousera Jean BERRY, puis, en secondes noces, Jacques AUBIN, ils seront cultivateurs à Grand Fond)

Nicolas LAPLACE, mineur d’âge, né le 08 aout 1773 (il épousera Florence BERRY et ils seront cultivateurs à Toiny).

Les’inventaires commencent toujours ainsi :

BIENS-FONDS

1- Une portion de terre au quartier d’Orient contenant environ 5 carrés, estimée 160 piastres gourdes

2- Une portion de terre au même quartier contenant environ 3 carrés, estimée 80 piastres gourdes

3- Une portion de terre au dit quartier contenant environ 1/2 carré, estimée 24 piastres gourdes

4- Une habitation au vent de l’île nommée « Vittet » contenant environ ving-cinq carrés, estimée 800 piastres gourdes, plus 12 pour une petite case en paille

5- Une habitation nommée « Saint-Antoine » aux environs de l’anse du même nom, contenant environ 100 carrés de terre bornée au nord par un poteau de gayac au bord de la mer dans l’anse de petit cul de sac, à monter en ligne droite à un rocher nommé « Cornette », et à descendre en demi-lune au rocher du « Bois de fer », à courir ensuite à la borne de Nicolas BERNIER, à l’ouest par la veuve BERNIER à l’endroit de son habitation nommée « Devet », au sud par la mer à la roche plate, et du côté du Grand Fond, dans le haut par Charles AUBIN, et dans le bois, par François AUBIN, estimée 2000 piastres gourdes.

  • Une maison en planches sur cette dernière, estimée 160 piastres gourdes
  • Une maison plus petite en maçon(nerie) sur cette dernière habitation, estimée 64 piastres gourdes
  • Une maison en paille sur cette dernière habitation, estimée 24 gourdes piastres.

Je fais une petite parenthèse ici, pour remarquer que c’est sans doute la mention écrite connue la plus ancienne de cases, dont une maçonnée, à l’anse de Toiny. Si donc les cases qui ont été récement transformées en barraques à frites par des investisseurs peu respecteux (c’est mon avis) ont bien été construites au 18eme siècle, alors au moins l’une d’elle figure sur ce document. Est-ce que celle en planche a été transformée plus tard ?

Dans les biens-fonds sont également inclus les esclaves …

Tom, négre de la côte, âgé d’environ 50 ans pour 80 piastres gourdes

Prince, négre de la côte, âgé d’environ 40 ans pour 120 piastres gourdes

Charles, négre de la côte, âgé d’environ 28 ans pour 176 piastres gourdes

Etienne, négre créole de 21 ans environ pour 200 piastres gourdes

François, négre créole de 18 ans environ pour 184 piastres gourdes

Louis, négre créole de 11 ans environ pour 144 piastres gourdes

Geneviève, mulatresse de 24 ans environ pour 240 piastres gourdes

Jeane Roze, cabresse de 3 ans environ pour 80 piastres gourdes

Giles, cabre de 5 mois environ pour 40 piastres gourdes

Marie Louise, négresse créole de 16 ans environ pour 192 piastres gourdes

Honorée, négresse créole de 14 ans environ pour 184 gourdes

Cela fait un total de 11 esclaves, dont 3 « de la côte » donc nés en Afrique (donc il y a bien des esclaves qui arrivent d’Afrique !).

Le total des biens-fonds de la succession se monte à 4964 piastres gourdes

On y rajoute ensuite les bestiaux, à savoir tois mères vaches pour 88, une moitié d’un veau pour 5, et cent trente cabrits de tout âge pour 130, soit un total de 223 piastres gourdes pour les bestiaux.

J’inclus ci-dessous la liste des meubles (un peu longue à recopier) mais intéressante à consulter.

FRANOM FSB 301 ALVIN – succession Pierre LAPLACE
FRANOM FSB 301 ALVIN – succession Pierre LAPLACE

Lorsqu’on y ajoute les dettes actives, on arrive à un total de 5588 piastres gourdes. C’est une très grosse succession pour l’époque à la campagne, même si j’en ai vu des plus grosses encore. On peut considérer que Pierre LAPLACE était un homme riche.

Pour clore l’inventaire de la succession, une petite ligne très intessante juste avant les signatures du notaire Jean NORDERLING et des arbitres. Il est écrit que la portion de terre numéro 3 provient du côté de la veuve (née LÉDÉE). Cela veut dire que, par opposition, les autres parcelles de terre figurant sur la succession ne proviennent pas de son héritage, et que ces terres et ces cases proviennent de son mari, donc des des parents de feu Pierre LAPLACE (Pierre LAPLACE et Marie Suzanne ou Suzanne Geneviève BERNIER).

Le 08 octobre 1792, on procéde au partage suivant l’inventaire.

Avant tout, la veuve LAPLACE rend compte de sa gestion des biens et des esclaves depuis l’inventaire un an et demi plus tôt. On y apprend tout de suite que le « dernier coup de vent » a emporté les deux petites cases nommées sous le numéro 5. Faut-il comprendre que les cases que l’on connait ont été construites après le 08 octobre 1792 ? Une partie du mobilier figurant dans l’inventaire a également été perdue.

La veuve a touché une partie des dettes actives à l’exeption de celles dues par Philippe LAPLACE, Charles PIMONT et la veuve RYAN. Elle a aussi réparé de fond en comble la grande case de la portion 5, et elle se trouve dans un état « beaucoup superieur ». « Elle présente également l’aquisition d’une portion de terre au quartier d’Orléans, de deux esclaves, Angelique et Charlotte, de quelque mobilier et de l’argent comptant se montant à cent cinquante huit piastres gourdes, tous frais funéraires tant que ceux du notaire étant payés – ainsi, les heritiers n’eurent que la plus grande raison d’être très satisfaits de la bonne administration de leur mère »

Le lot de la veuve comprend l’habitation « Saint-Antoine » avec la grande maison dessus, 7 esclaves, tous les bestiaux qui restaient sur l’habitation, le mobilier et une senne avec pirogue et ustensils achetés par la veuve depuis l’inventaire. Son lot vaut 3167 piastres gourdes, ce qui fait qu’elle s’engage à payer le solde de 928 piastres gourdes à ses enfants sous dix ans.

L’habitation « Vittet » est partagée en 5 portions qui vont à Philippe, Catherine, Nicolas, Suzanne et Françoise. Pierre et Elisabeth Louise obtiennent une portion de terre à Lorient. Puis Philippe échange sa terre avec Elisabeth, puis il l’échange avec celle de Pierre.

Les esclaves sont bien entendu partagés aussi, et échangés ensuite entre les héritiers par de savants calculs.

Les lots 2 et 3 de l’inventaire n’ont pas été partagés, ils seront vendus et l’argent distribué aux héritiers.

Revenons en à nos cases.

On a vu que le 23 mars 1791, à la succession de Pierre LAPLACE, il y a trois cases à l’anse Toinie. Une maison en planche, une maison plus petite en maçonnerie et une maison plus petite (que la première), en paille. On a vu également, qu’un coup de vent situé entre l’inventaire et le partage de la succession en octobre 1792 a emporté les deux petites cases. On a vu également, que la première case a été entièrement refaite et qu’elle a pris de la valeur.

Sur ces extraits du cadastre Suèdois (merci Arlette !) on peut voir la propriété numéro 5, et également l’emplacement de ces cases à l’est de l’étang de Toiny.

Extrait du cadastre Suèdois vers 1790 – Arlette Patrigeon-Magras

Extrait du cadastre Suèdois vers 1790 – Arlette Patrigeon-Magras
Extrait du cadastre Suèdois vers 1790 – Arlette Patrigeon-Magras

Dans le livre « Architecture traditionnelle Saint-Barth » de Cailleux/Herard/Hochard aux Éditions du Latanier, il est dit que ces cases comptent parmi les plus anciennes de l’île. Il est aussi expliqué que ces cases (en dehors de celle construite en pierres sèches) sont construites autour d’une armature en bois (colombage) autour de laquelle on monte un mur en grosses pierres sèches liées entre elle avec de la terre et de l’eau, et qu’on recouvre ensuite d’un enduis de chaux (fabriqué à partir de blocs de cayes). Peut-on en déduire que la plus grosse des cases actuelles (toit à quatre pentes) serait l’ancienne case en planches qu’on aurait renforcé au début de 1792 ? Que peut-être la petite (case à pignons) est celle maçonnée de l’inventaire de 1791 mais dite emportée par le coup de vent et qui aurait été refaite après octobre 1792 ? Rien ne le prouve. Mais ce qui est sûr, c’est que ces terres appartenaient aux LAPLACE depuis au moins avant 1758 (date estimée du mariage de Pierre LAPLACE et Françoise Félicité LÉDÉE) et que ces cases ne peuvent pas avoir été construite par les premiers LÉDÉE qui, je pense, habitaient le quartier d’Orléans.

Photo Arlette Patrigeon-Magras
Photo Arlette Patrigeon-Magras
Photo Arlette Patrigeon-Magras
Photo Arlette Patrigeon-Magras
Photo Hélène Bernier
Photo Hélène Bernier
Photo Hélène Bernier
Photo Hélène Bernier
Photo Hélène Bernier

En regardant la photo ci-dessous, on pourra arguer du fait que ce mélange d’architectures, ancienne et moderne unies par la minéralité des maisons et de la piscine et le contraste de l’eau bleue est … ou pas !

Mais oui, suis-je bête, s’ils avaient pu, eux aussi y auraient installé une barraque à frites !

Photo Arlette Patrigeon-Magras



Catégories :AUBIN, BERNIER, LAPLACE, LÉDÉE, Toiny, Uncategorized

2 réponses

  1. Another great article. Keep up the good work. Will Johnson.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :