Depuis de nombreuses années, nous nous interrogeons sur l’origine de la famille Cerge ou Serge, un même patronyme dont la graphie a évolué au fil du temps.
On trouve même la graphie « Chierque », et c’est d’ailleurs sous celle-ci que le nom fait son apparition dans les registres paroissiaux de notre île, lors du baptême de Jean Louis, le 18 janvier 1774. Jean Louis Chierque, fils légitime de Jean Pierre Chierque et de Catherine Questel.
Le 11 mai 1775, on baptise le deuxième enfant du couple, Toussaint, né le 1er novembre 1774. Le patronyme est à nouveau écrit « Chierque ». On notera que le parrain est Claude Leblanc, originaire de Nice.
On retrouve une inscription sans date (dans un registre censé contenir des actes de 1778, mais visiblement mal rangés) mentionnant le baptême de Toussaint Chierque. Il semble avoir été ondoyé à la maison par son père le 6 novembre 1774, cinq jours après sa naissance.
La famille quitte notre île vers cette époque ; on ne trouve plus aucun acte les mentionnant d’une manière ou d’une autre. Ils réapparaissent à Basse-Terre, en Guadeloupe, à la suite du décès de Toussaint, le 19 mai 1780. Le nom est alors écrit « Sirque ».
On retrouve la famille sous le patronyme Serge (pour la première fois) le 23 avril 1781, toujours à Basse-Terre, lors du baptême de Vincent, né le 14 janvier de la même année. À son décès, le 31 juillet de l’année suivante, la famille figure toujours sous le nom de Serge. Pourtant, la même année, pour le baptême de Jean Martin, né le 20 octobre, la famille est appelée « Cierque ».
La famille retourne à Saint-Barthélemy, et le 6 novembre, on baptise François Serge né le 12 mai de la même année. La famille est toujours sous Serge pour l’inhumation de François le 23 juillet 1786.
Nous n’avons pas retrouvé le baptême de Victor, qui naît vers 1787, mais ensuite, on ne retrouve plus la famille que sous le nom de « Serge » ou « Cerge ».
C’est pour cela que j’ai fait part de mon étonnement de trouver la mention d’une dette due par Jean-Pierre Chierque dans l’inventaire de succession de Marie-Rose Borniche en août 1785. Pourquoi ce nom, qui semble avoir disparu depuis le retour de la famille Serge/Cerge, revient-il à ce moment-là ?
J’en serais resté là, à me gratter la tête, puis je serais passé à autre chose, en attendant qu’un jour, peut-être, la lumière apparaisse au détour d’un nouveau document. Il faut dire qu’on ne trouve pas le mariage de Jean Pierre Serge et de Catherine Questel. On ne connaît donc pas les parents de Jean Pierre. Et ne connaissant pas son lieu de naissance, eh bien, les chances d’en savoir plus sont très minces.
Pour être franc, je soupçonnais que Serge ou Cerge n’était que la déformation d’un nom plus ancien mal compris par le curé. Parce que Chierque, ça pourrait tout aussi bien être la version française d’un patronyme irlandais comme Sharkey, ou, pourquoi pas, d’un patronyme allemand ou suisse comme Sherk. Enfin, c’est le genre de piste que je m’imaginais dans mon coin. Le fait que le nom change aussi souvent incite à penser que le nom d’origine n’était pas courant, en tout cas pour nos populations.
Heureusement, je n’ai finalement pas eu à attendre trop longtemps. Laurent Berry, qui fait un gros travail de recherche de son côté, a eu la bonne idée de chercher en intégrant Vincent Cerge dans l’équation.
Vincent, qui signe CERGE, n’apparaît qu’une fois dans les registres de notre île : lors du mariage de Jean Louis avec Marie Louise Magras en 1793. Il est dit qu’il est son oncle, c’est-à-dire le frère de notre Jean Pierre Chierque / Serge / Cerge.
En dehors des actes mentionnés plus haut, on sait que Jean Pierre Serge est né vers 1741, car sur le roll de la milice de Sous-le-Vent de 1786, il est indiqué qu’il a 45 ans.
Il a donc cherché un Jean Pierre Chierque et son frère Vincent. Et il a trouvé ce qui me paraît être la bonne solution. Mais pas en Irlande. Ni dans le monde germanique.
C’est à la paroisse Saint-Laurent de Marseille qu’on trouve le baptême de Jean Pierre Chierque le 20 mars 1741. Il est né la veille. Et il a bien un frère, François Vincent, né le 9 octobre 1749, dans la même paroisse. Le père, Jacques François Chierque, est dit matelot ou marin. Cela pourrait aussi expliquer que Jean-Pierre et Vincent Chierque étaient eux aussi marins.
Le mariage des parents, Jacques François Chierque et Marie Rose Marjolet, le 17 octobre 1739 à Marseille, indique que Jacques est originaire de Menton, et que son véritable nom est Chierrico. En remontant cette piste à Menton, le patronyme apparaît sous la forme « Chierico ».
On aurait donc eu Chierico, puis Chierrico, ensuite Chierque, pour finir avec Cerge ou Serge.
Alors évidemment, il manque une preuve pour faire de cette hypothèse une vérité. Mais je pense qu’elle se tient très bien et qu’elle a beaucoup de sens.
Il est amusant de noter que Vincent a lui-même adopté l’orthographe « Cerge » pour son nom, puisque c’est ainsi qu’il signe, alors que, localement, aux Antilles, il avait d’abord été transformé en « Serge ».
On aurait alors un Provençal de plus à ajouter à la longue liste de ceux qu’on connaissait déjà et qui, d’une manière ou d’une autre, ont laissé une trace dans notre histoire, ou une descendance dans la généalogie.
Claude Leblanc, de Nice,
Etienne Blanchard, de Menton
Jean Jacques Olive, de Marseille
Charles Ventre, de Marseille
Jean Joseph Sibilly, de Marseille
Antoine Symphorien Julien, Saint-Chamas
Lazard Chapelin, Marseille
Pierre Vianis, Marseille,
Joseph Chapeau, Marseille
Jean Joseph Meissonnier, Les Arcs
Thomas Cléophas Aye, Martigues
Joseph Ange Espanet, La Cadière-d ’Azur
Laurent Victor Paschal, La Ciotat
Charles Bruno Curet, Saint-Tropez
À son décès à Colombier le 29 novembre 1787, Jean Pierre Serge était un homme riche.
Il possède une habitation de trois carrés et demi, avec, dessus, une maison en charpente de 34 sur 14 pieds construite sur une cave, le tout pour une valeur de 760 dollars. Il possède également une maison en face du palais du gouvernement à Gustavia mesurant 75 pieds de façade sur Kungsgatan et 68 pieds de large, évaluée à 1 600 dollars (elle est revendue en 1791). Il y a de nombreux meubles en acajou ou en cèdre, ainsi qu’une collection de beaux vêtements, d’ustensiles et d’outils divers. Il possède même un sabre et un fusil.
Jean Pierre Serge a de nos jours une très grande descendance, tant à Puerto Rico et Saint-Thomas par son fils Jean Louis Serge, que sur notre île, par ses fils Jean Martin et Victor, même si le nom n’existe plus de nos jours.
Et pour finir sur une note plus amusante, il y a ce rapport de la garde, rédigé par le lieutenant Damas Bernier le 24 août 1810, qui rend compte qu’alors qu’il était de garde devant la maison du gouvernement, Victor Serge se fait traiter de « ballahou » par la patrouille qui passe devant lui. Il semble que cette insulte soit le fait d’un certain Schuck, un Allemand originaire de Kaiserslautern.
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Heureuse de vous retrouver après ces quelques mois avec toujours vos trouvailles qui enrichissent l’histoire de St Barth.
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Merci à vous, cela fait bien plaisir,
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