Les Félicité LAPLACE

La récurrence des patronymes dans la généalogie de notre ile complique souvent les recherches et entraine des erreurs. On est parfois même confronté à des couples d’homonymes parfaits.

Le cas qui nous occupe ici c’est celui des quelques (Françoise) Félicité LAPLACE.

Elles ne sont certes pas si nombreuses, mais comme elles contractent des mariages dans les mêmes périodes, et que leurs généalogies se croisent, elles sont sources d’erreurs.

Sur les quatre Félicité LAPLACE qui vont se marier, trois vont le faire avec des étrangers, une, avec un Saint-Barth. Nous en avons une qui nait en 1751, une en 1759, une en 1773 et enfin une autre en 1774. Les mariages ont lieu en 1789, 1795, 1798 et 1803 et ne sont pas forcement bien documentés avec ce qui est disponible en ligne.

1

Félicité LAPLACE nait en 1751, elle est la fille de Toussaint LAPLACE et de Rose QUINQUIS. Ses parents sont cultivateurs à Lorient et possèdent les habitations « Camaruche » et « Anse d’Aillaud » (la petite vallée qui se trouve dans le prolongement de la plage entre Lorient et la Pointe Milou).

On peut noter que Félicité a douze frères et sœurs (dont une qui s’appelle Françoise) et que, bien que née la cinquième, elle est la dernière des enfants à se marier. En effet, Félicité a déjà quarante-quatre ans lorsqu’elle trouve chaussure à son pied, en l’occurrence, un étranger au nom bien ronflant, Etienne MAUSSION de la BURLERIE. Celui-ci est né le 26 avril 1741 à Saint-Martin-de-Ré. On ne sait rien sur lui.

Le couple signe son contrat de mariage le 25 avril 1795 devant Jean NORDERLING, Notaire Royal de Saint-Barthélemy, puis ils se marient le 12 Mai suivant. Il n’y a pas de curé et c’est Joseph ROUSTAN, Chantre de la paroisse qui officialise le mariage dans l’attente du passage d’un prêtre pour le ratifier. Il semble que le couple soit parti brièvement vers Sainte-Lucie. En tous cas, ils sont de retour dès le mois de septembre, car Etienne décède le 8 de ce mois sur notre île. Ils ne sont restés mariés que quatre mois, sans avoir eu le temps d’avoir des enfants.

Félicité est à nouveau célibataire et elle habite Lorient.

Comment ces rencontres « matrimoniales » pouvaient se faire entre des étrangers arrivés à Gustavia d’on ne sait où, et des femmes vivant à la campagne ? On a du mal à se l’imaginer.

Toujours est-il que notre Félicité va trouver à se marier une deuxième fois. En effet, le 14 juillet 1798, toujours devant Jean NORDERLING, elle signe son contrat de mariage avec Charles Julien RIGAULT de NANTILLY né à l’Anse Bertrand en Guadeloupe le 8 juin 1745. Charles Julien est veuf d’une Marie Anne PITRE.

Le contrat est rédigé selon la coutume de Paris :

«  Le futur époux, n’ayant pas de disposition pour le présent, des terres et maison qu’il possède à la Guadeloupe, n’apporte à la dite communauté que quelques meubles et un nègre esclave nommé Pierre et âgé de neuf ans ».

« La future épouse apporte à la communauté une habitation size au quartier de L’Orient avec quatre esclaves ».

Le 6 octobre de la même année, Félicité LAPLACE est à nouveau chez le notaire pour régler les détails concernant la succession de son premier mariage. Il est dit qu’en vertu du premier contrat de mariage, elle doit vendre à un certain Mr John BLAKE, « bourgeois et habitant de ce bourg », deux terrains situés dans la ville de Castries sur l’île de Sainte-Lucie. La vente se fait pour 999 livres, que Félicité reçoit en équivalant de marchandises.

A nouveau, par faute de Curé pendant une longue période, le mariage n’est célébré que le 28 juillet 1800. Le couple n’aura pas d’enfants.

Charles Julien RIGAULT de NANTILLY décède avant 1813, c’est indiqué dans le testament que Félicité rédige le 6 novembre 1815. Dans ce document, elle donne la liberté à sa « mulâtresse Rosalie, âgée de vingt-quatre ans et à ses enfants, Israël, huit ans et Adélaïde, cinq ans, ainsi qu’au nègre François, âgé d’environ vingt ans ».

Félicité décède chez elle, à Lorient, sans doute dans le courant du mois d’octobre 1818. N’ayant pas d’enfant, ses frères et sœurs, ou leurs descendants, se partage ses biens en neuf parts égales. Les cohéritiers acceptent la libération des esclaves, comme demandé par la propriétaire, mais précisent « toute fois, que les frais en soient à la charge des dits esclaves ».

La liste des cohéritiers signataires nous permet de confirmer la fratrie de Félicité (les enfants de Toussaint LAPLACE et de Rose QUINQUIS) :

(On peut noter que les trois premiers sont mariés avec trois frères et sœurs, les familles ayant dû se fréquenter pendant un des exils à Basse-Terre en Guadeloupe)

Toussaint LAPLACE, né en 1742, époux de Marie Catherine GRÉAUX, cultivateurs à Lorient, cinq enfants,

Rosalie LAPLACE, née en 1743, épouse de Pierre GRÉAUX, les deux décédés à Saint-Martin, cultivateurs au Corossol, cinq enfants.

André LAPLACE, né en 1749 en Guadeloupe, époux de Suzanne Louise GRÉAUX, cultivateurs au Colombier, deux enfants.

Pierre Paul LAPLACE, né vers 1750, époux de Catherine QUESTEL, puis de Marie Louise AUBIN. Cultivateurs à la Grande Saline, quinze enfants au total.

Magdeleine Reine LAPLACE, née en 1751, épouse de Jacques Prosper BERNIER (ils sont décédés avant le partage). Ils ont émigré à Sainte-Lucie et Magdeleine y est décédée, mais la plupart des enfants sont revenus sur notre île.

Marcel LAPLACE, né en 1762, ne semble pas avoir été marié

Les deux suivants sont mariés avec deux frères et sœurs :

Clément LAPLACE, né vers 1763, époux de Suzanne « Persinette » BRIN, cultivateurs à Camaruche, trois enfants.

Françoise LAPLACE, née en 1763, épouse de Gratien BRIN (les deux sont décédés avant le partage, c’est Clément qui s’occupe de leur fils), sans doute étaient-ils cultivateurs au quartier de Saint-Jean, avec un seul enfant qui leur survive.

Brigitte Lucille LAPLACE, née en 1766, épouse de Jean François LÉDÉE (ils sont décédés avant le partage, ils n’ont pas d’enfants). Cultivateurs à Lorient.

On pourra noter que Charles Julien RIGAULT de NANTILLY laisse tout de même son nom sur notre île à travers une de ses esclaves.

Monique RIGAULT épouse d’un Jean BERNIER (sans doute lui aussi descendant d’esclave) est libérée par la veuve RIGAULT le 24 mai 1813. Elle est dite créole de cette île et âgée d’environ quarante et un ans. Le 20 juin 1828, elle écrit aux « Messieurs du Gouvernement » : « Monique, femme de couleur libre, habitante demeurant au quartier d’Orient de cette île de Saint-Barthélemy, a l’honneur de représenter Messieurs, que, désirant rendre libre son enfant nommé Victor, créole de cette île, âgé d’environ dix-huit ans, acquis de Dame Félicité LAPLACE, veuve RIGAUT de NANTILLY d’après un titre de vente ci-annexé sous seing privé en date du 14 octobre 1818 ». Monique RIGAULT et Jean BERNIER ont une fille en 1816 qu’ils baptisent en 1817 sous le prénom de Félicité. Je n’ai rien d’autre sur cette famille d’anciens esclaves.

2

Françoise Félicité LAPLACE est née à l’Anse Toiny le 28 Avril 1759. Elle est la petite-fille de Pierre LAPLACE, le frère de Toussaint LAPLACE (le père de la précédente). Les parents de Françoise Félicité sont Pierre LAPLACE de Toiny et Françoise Félicité LÉDÉE de Lorient.

Françoise Félicité LAPLACE épouse Clément BRIN le 30 novembre 1815. Il est natif de la Grande Saline où il est né le 20 Août 1765, fils d’Alexis BRIN (Capitaine de Milice) et de Marianne LAPLACE.

Clément et Françoise Félicité seront cultivateurs à la Grande Saline et auront  cinq enfants :

            Clément qui nait le 12 Mars 1792 et qui épouse Françoise Félicité DROUILLARD en 1815, ils auront onze enfants.

            Jean Augustin (aussi Jean Baptiste), qui nait vers 1794 et épouse Françoise Félicité QUERRARD, ils auront cinq enfants,

            Marie Louise (aussi Anne Louise), peut-être dite « Françoise » qui nait vers 1797 et épouse Pierre QUERRARD (le frère de celle juste au dessus), ils auront huit enfants

            Alexis qui nait le 8 Mai 1798 et épouse Perrine (aussi Reine Perrine) QUESTEL le 26 Mai 1827, ils auront quatre enfants

            Sophie qui épouse Jean René LAPLACE le 31 Juillet 1810, ils auront deux enfants

3

Françoise Félicité LAPLACE nait le 19 mars 1773 au quartier « La Forêt » dans les parages de l’Anse Gouverneur. Elle est la fille de Joseph LAPLACE et de Suzanne Louise VITTET. Elle est la cousine germaine de Françoise Félicité LAPLACE ( voir 2). Elle épouse Jean Cadet DROUILLARD de Bordeaux en 1799 (voir article Jean Cadet DROUILLARD – avec MAJ    ) avec qui elle a une fille, Françoise Félicité DROUILLARD (que l’on vient de voir au dessus) qui nait en 1799. Lorsque son premier mari disparait, elle se remarie avec Jean Marie QUERRARD (qui a au moins vingt ans de moins qu’elle) le 12 Février 1816, mais ils n’auront pas d’enfants.

4

Félicité LAPLACE nait le 1er Octobre 1774 à Lorient, petite-fille du couple LAPLACE-QUINQUIS. Ses parents sont Toussaint LAPLACE « fils » et Marie Catherine GRÉAUX. Le 20 mars 1803, elle épouse le Capitaine de navire Giuseppe MORONE.

Le Capitaine MORONE arrive d’Italie. Il est le fils de Giovanni Battista MORONE et d’Antonietta COMPIANO, tous deux habitants de la ville de Gênes sur la côte Ligure.

Rapidement, le Capitaine Giuseppe MORONE devient Joseph MORON. Comment diable a-t-il pu rencontrer Félicité qui doit habiter les environs de Camaruche ? Giuseppe sait lire et écrire et on retrouve de nombreux documents écrits par lui pour d’autres habitants. Le couple aura cinq enfants :

            Jeannette  qui nait en Mai 1799, pas de descendance,

            Suzanne qui nait le 20 novembre 1801 épousera un Pierre Paul LAPLACE avec qui elle aura trois enfants au quartier de Camaruche.

            Joseph « Fils » qui nait le 24 novembre 1805, il épousera Elisabeth ou Jeannette BERRY avec qui il aura 2 enfants,

            Jean Baptiste « Constantin » qui nait vers 1812. Il épouse Elisabeth LAPLACE en 1829, ils auront quatre enfants

            Jean Auguste qui nait le 13 mars 1813. Il épouse Suzanne LAPLACE le 30 avril 1839 (puis à nouveau en 1852). Ils auront sept enfants.

Ce patronyme a aujourd’hui disparu, mais il y a de nombreux descendants de ce couple de nos jours, à Saint-Barthélemy et Saint-Thomas entre autres.



Catégories :BRIN, DROUILLARD, Greaux, LAPLACE, ledee, MAUSSION DE LA BURLERIE, MORON, RIGAUL DE NANTILLY, ROUSTAN, Uncategorized

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :