Joseph Maurice LÉDÉE, ses deux cochons, et Jean CHRETIEN

Le 24 novembre 1840, Joseph Maurice LÉDÉE envoie un courrier à la Cour de Justice. Le document est incomplet, il en manque toute la première partie.

Joseph Maurice LÉDÉE, né le 31 décembre 1785, est le fils de Joseph ou Pierre Jean LÉDÉE et de Suzanne BORNICHE, propriétaires et marchands à Lorient, Habitation Dubocq. Son père avait aussi été Marguillier pour la paroisse de Lorient, il sera quant à lui Commandant de la partie Sous-le-Vent (au moins en 1853).

Il habite l’habitation « Fond Denis ». Il épouse Marianne Eloïse CASTAGNET le 9 juin 1819, et ils auront un enfant sans descendance. Après le décès de Marianne en 1834 à Puerto Rico, il épouse Suzanne BRIN de l’Anse Gouverneur le 8 janvier 1840. Ils auront une fille, Joséphine Lucie, sans descendance.

Jean Maurice LÉDÉE demande qu’on traduise le sieur « CHRISTIANE » en justice à la prochaine séance, « afin de le voir condamner à réparer les torts, et payer la valeur de mes cochons à raison de leur estimation, à raison de deux Gourdes par tête au nombre de deux morts, se montant à la somme de quatre Gourdes en totalité. Je prie l’honorable Cour de Justice de vouloir bien aussi condamner le dit sieur « CHRISTIANE » à payer tous les frais de justice en faisant comparaitre comme témoins de cette affaire, Messieurs St Aulaire DÉRAVIN et Charles GRÉAUX, ainsi que les deux représentants, Messieurs François DÉRAVIN et Eugène DUCHATELLARD ».

C’est Joseph Maurice LÉDÉE qui écrit lui même sa plainte

Le sieur « CHRISTIANE » est en fait Jean CHRÉTIEN, un marin Italien né à Trieste vers 1784. Il a épousé Susanna HEARDLY, native de Saint-Eustache, en 1820 à Gustavia, et avec qui il aura au moins trois enfants (on pourra noter, pour la petite histoire, que par sa fille Mary, il est le grand-père maternel de Selma Justina MILANDER, la « dernière Suédoise » décédée à Gustavia en 1939). En 1833, après le décès de sa première épouse, Jean CHRETIEN épouse Placide BERRY, native de Lorient, fille de François BERRY et de Marie Marthe BERNIER. Ils n’auront pas d’enfant.

Le même jour, la Cour de Justice envois une convocation à Jean CHRETIEN.

Le 26 novembre, Jean CHRETIEN envois sa réponse à la Cour.

« Jean CHRETIEN, habitant, demeurant au quartier de Saint-Jean en cette île,

A l’honneur de vous exposer très humblement, et vous observe,

Premièrement,

que le sieur Joseph Maurice LÉDÉE, mon voisin, n’est point clôt, et laisse librement ses bestiaux paitre sur les bords de la Saline de Saint-Jean, qui rompent les haies faites entre moi et le Docteur, ce qui facilite les dits bestiaux à rentrer dans ma savane. Pour cette clôture, j’en appelle le témoignage de Mr Joseph BERNIER qui est chargé du maintient de la dite saline. Il y a très longtemps que les bestiaux du dit sieur Joseph Maurice LÉDÉE viennent sur mes terres, me faisant du dégât, et, malgré des soumissions réitérées faites par moi, Monsieur LÉDÉE fut toujours sourd, et même le priant en ami de mettre des gardiens pour empêcher que ses animaux me fassent du tort, la réponse fut toujours qu’il n’avait pas de gardiens.

Deuxièmement,

            Les cochons viennent continuellement dans mes savanes, se vautrant dans mes mares, qui rendent l’eau si trouble, que mes bêtes à cornes, cavalines et moutons, ne peuvent pas boire dans telle situation. Je lui ai envoyé mon fils avec prière de les arrêter. Sa réponse était comme suit : dites à votre père de les tuer, il me rendra service.

Troisièmement,

            Fatigué, finalement, et les cochons venant toujours me faire du tort, je lui ai fait dire encore par un jeune homme nommé Louis BERRY qui habite avec moi, que les cochons sont encore venus me faire du tort. Mr LÉDÉE, surpris, répondit au jeune homme : Où sont-ils donc ? Le jeune homme lui dit : Dans la savane de Mr CHRETIEN. Et bien, répondit Joseph Maurice : Dites lui que je ne puis les veiller, si je serais comme il y en a, qui sont étendus sur leur fauteuil, la longue vue à la main, je pourrais empêcher mes cochons de nuire à mes voisins.

Le 7 du courant, vers 4 ou 5 heures de relevé, étant à ma fenêtre, j’ai aperçu mes bestiaux tout autour de ma mare sans boire, et en même temps, deux cochons qui sortaient de la dite mare. M’étant transporté moi même pour connaître les deux cochons, en même temps, j’ai trouvé l’eau de la mare si bourbeuse, que les pauvres bestiaux ne pouvaient pas se désaltérer. Je vous observe, Messieurs, que ma mare est un objet des plus considérables de mon habitation, car sans elle, mes bestiaux ne peuvent exister, et moi même, privé de mon nécessaire.

J’avoue avoir tiré un coup de fusil sur les deux cochons. Il n’y a qu’un seul que j’ai tué, mais l’autre s’est sauvé. Mr Maurice LÉDÉE ayant reconnu que le cochon était à lui, il a envoyé deux hommes, les sieurs St-Aulaire DÉRAVIN et Charles GRÉAUX, seulement pour me demander si le cochon était à moi. J’ai dit que non. Monsieur LÉDÉE à envoyer chercher le cochon, et il (l’) a donné aux deux témoins.

Le celui qui s’est sauvé, ne sachant pas si il était à moi ou à lui, et comme il m’en manque un, j’ignore ce qu’il en a fait. J’ignore ce qu’il en a fait, en ce cas, il aurait dû me prévenir pour connaître le propriétaire.

Le 20 du courant, au matin, Mr Maurice LÉDÉE a chargé le sieur Hippolyte BERRY pour me dire que pour les deux cochons, il demandait 4 Gourdes, et en payant, il ne m’assignera pas devant la Cour.

J’ai répondu que Mr LÉDÉE aurait dû envoyer chercher deux notables d’après l’ordonnance, pour examiner l’affaire, et si j’aurais été condamné par ces messieurs, j’aurais payé sans difficulté. Cependant, j’ai prié monsieur BERNIER de parler à Mr LÉDÉE pour venir à un arrangement amiable, mais Mr BERNIER, par cause de maladie, il n’a point donné aucune réponse.

Le 24 du courant, je fus assigné par l’huissier à qui je lui dit de me donner connaissance de la pétition. Il répondit qu’il ne savait lire le Français, mais, me doutant que Mr LÉDÉE me faisait assigner pour me forcer au paiement des deux cochons, j’ai pris la peine de vous donner, messieurs, un détail de notre querelle.

            Qu’il plaise à l’honorable Cour de prendre en considération mon exposé, et ce sera faire droit ».

Jean CHRETIEN écrit lui même sa lettre

Cette petite querelle entre voisins qui sent bon la campagne, se passe quelque part à Saint-Jean.

L’ « habitation Fond Denis » ne figure pas sur le cadastre Suédois de 1787, mais on y trouve une habitation appelée « Le Fond ». Je n’ai trouvé qu’une référence qui indique que l’ « habitation Monte au Ciel » se trouve au « Fond Denis », ce qui correspond à l’habitation « Le Fond » de 1787.

On sait aussi que l’habitation « Fond Denis » est proche de la Saline de Saint-Jean (qui appartient alors au Docteur Suédois LEURÉN). On peut donc bien considérer que cette habitation se trouve, tout ou partie, sur ce qu’on appelle maintenant « Monte au Ciel ».

Au décès de Jean CHRETIEN en 1856, la succession indique qu’il est propriétaire de l’habitation « La Retraite » de 11 carrés de terre. Cette habitation se trouve au débouché de « Monte au Ciel », en allant vers l’aéroport et la partie Nord-Ouest de l’ancien étang de Saint-Jean (là où se trouve le stade). On doit pouvoir approximativement localiser l’action à Saint-Jean, entre « l’Étoile » et « La Retraite ».

La mare en question doit être celle qui se trouve entre Les Mangliers et la Station service, et qu’on voit indiquée sur la carte, dans la parcelle 2. Il interessant de noter que cette mare est donc connue depuis au moins 1787 !

Cadastre de 1801
Peut-être que tout n’a pas changé finalement …


Catégories :CHRETIEN, HABITATION DUBOCQ, HABITATION LA RETRAITE, HABITATION MONTE AU CIEL, ledee, MILANDER, saint-jean, Uncategorized

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