la fameuse histoire de l’hippopotame de Fourchue

Une toute petite histoire, presque sans queue ni tête, vraiment, à part peut-être celle de l’hippopotame. Une fameuse histoire de chasse comme on n’en voit plus de nos jours !

C’est Jean Louis L’ORANGE qui relate l’histoire dans un courrier qu’il adresse à Monsieur le Gouverneur le 5 avril 1821. Il le précise, la lettre est écrite à Public (là où il réside).

J’ai recopié intégralement le rapport, sans rien modifier dans la tournure des phrases un peu longues et alambiquées.

« Malgré que le rapport ait été déjà verbalement fait à votre Excellence de l’accident funeste arrivé à la personne de Martin CERGE par le coup de fusil qu’a tiré sur des cabrits à Fourchue Jean DANIEL qui s’est présenté à votre Excellence le même jour de l’incident, et dont votre Excellence a dû juger de l’innocence en le voyant, je dois encore vous donner le rapport par écrit qui est comme suit.

Monsieur Joseph MAYER, lieutenant des milices de sous le vent, désirant chasser ou pêcher un animal amphibie que l’on pense être un hippopotame qui, depuis quelques temps, vient à certaines époques respirer ou se reposer sur les anses de l’Îlet appelé Fourchue, il se serait transporté avec quelques habitants dans l’intention de l’avoir, soit mort, ou en vie.

Qu’étant sur les lieux, et après avoir vainement veillé et surveillé sans que cet animal ait paru, ils se seraient décidés vers les onze heures du matin, à s’en retourner. Mais que cependant, vû l’infructuosité de leur voyage, ils se seraient proposés de faire un tour de chasse aux cabrits sur l’îlet, qu’ayant à cet effet obtenu la permission du propriétaire, Mr BIGARD, ils auraient parcouru les endroits de l’îlet ou les cabrits se rangent le plus ordinairement, et enfin, s’arrêtant au morne appelé « Le Morne du Sud », les uns (dont faisait partie Jean Martin CERGE) auraient pris le côté haut pour faire descendre du côté du bas les cabrits, tandis que les autres passaient de ce côté de bas, mais que l’un d’eux, Jean DANIEL, qui était porteur d’un fusil, seule arme qu’on avait pris pour l’animal amphibie) apercevant les cabrits qui descendaient de son côté, lâcha le coup, et malheureusement, blessa Jean Martin CERGE.

Cet accident arrivé, Joseph MAYER fit embarquer le blessé et le fit porter chez lui au Corossol, ou Mr le docteur LEUREN lui porte ses soins jusqu’à présent.

Tel est le rapport qui m’a été fait par Mr Joseph MAYER et les autres habitants présents lors de l’accident et qui sont :

Louis MAGRAS, Jacques MAGRAS     – Beaux-frères du blessé,

François MAYER, Jean François OLIVE, Jean MAGRAS, le jeune Pierre MAGRAS – Cousins des deux parties

François DANET était dans le canot, par conséquent, il ne chassait point.

Puisque par le rapport il semble que Jean DANIEL ne soit pas précisément coupable de crime, et par là, n’avoir pas besoin de grâce, toutefois, il est répréhensible d’imprudence de quelque manière que le fait soit arrivé, mais comme les lois doivent nécessairement purger ce qu’il y a de répréhensible, votre Excellence me permettra de venir la solliciter près d’elle la faveur d’une lettre de rémission ».

On peut se demander tout de même dans quelles publications nos chasseurs Saint-Barth avaient entendu parler de l’hippopotame, et comment il leur avait paru tout naturel de penser qu’un tel animal ait pu visiter nos rivages. Ni d’une, ni deux, on s’embarque, on traverse le bras de mer et on « veille et surveille » pour le ramener « soit mort, ou en vie ».

Les pauvres auraient été bien pris de cours si un tel animal les avait chargés en train de débarquer sur la plage de Fourchue !

Nos chasseurs ont des descendants :

Jean Martin CERGE est né en 1782 au Colombier, fils de Jean Pierre CERGE et de Catherine QUESTEL. Il est marié avec Jeanne Rose MAGRAS depuis 1808. Jeanne Rose est la fille de Jean François MAGRAS et de Marie Magdelaine LÉDÉE.

Le couple habite au Colombier, et il aura 5 enfants d’où descendance de nos jours. Jean Martin se remet bien de son coup de fusil, car il décède de sa belle mort en 1860, âgé de 78 ans.

Jean DANIEL est né sur l’île de Sainte-Croix vers 1797 fils de John DANIEL et de Marie Magdelaine MAYER. Il est marié avec Marie Catherine LAPLACE en 1813, fille de Jean François LAPLACE et de Marie Catherine MAGRAS. Ils habitent au Corossol et ils ont 7 enfants, d’où descendance de nos jours, même si le patronyme a disparu.

Jean François OLIVE est né au Colombier en 1783, fils de Jean Jacques OLIVE et de Henriette QUESTEL. Son père était arrivé de Marseille vers 1774. Il épouse Félicité Marianne MAGRAS en 1809. Elle est la fille de Pierre MAGRAS et de Marie Catherine GRÉAUX. Ils ont 2 enfants d’où descendance de nos jours.



Catégories :1821, cerge, daniel, Five islands, Fork island, Fourchue, Hippopotame, Mayer, SWEDISH EPOQUE, SWEDISH PERIOD

2 réponses

  1. On dirait un sketch (le chasseur, les cabris et l’hippopotame) 😀

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  2. Avatar de Charline BOUQUET

    Génial ! Quelle histoire ! Quel écrit ! Merci pour ce récit intéressant du passé.

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