« La Source »et les heritiers de François Cadet DANET

Une banale affaire de terrain et de voisins, mais une suite de témoignages exceptionnels qui nous permettent de nous retrouver dans la campagne à Saint-Barthélemy en 1861. L’histoire se passe entre Colombier et l’Anse des Flamands, une zone appelée « les hauteurs de l’Anse des Flamands », plus précisément, « La source ».

Cette histoire culmine avec deux magnifiques plans réalisés à la main par Pierre LÉDÉE pour le procès, un témoignage rare mais extrêmement intéressant. On y voit le tracé des propriétés le long de la « Ravine des Lataniers » et les chemins permettant d’accéder à « La Source ».

Cette histoire nous permettra également de confirmer des données généalogiques, là où demeuraient des lacunes.

On prend conscience de la valeur de l’eau à cette époque, et du nombre de personnes qui semblent dépendre de cette source. On y vient s’approvisionner depuis l’Andrieux, Flamands et Colombier, en passant par des sentiers tortueux, serpentant dans les mornes, au grès des propriétés qui sont traversées. Combien restent-ils de ces sentiers, de ces traces dans le Saint-Barth d’aujourd’hui ? De nombreuses personnes, pas si âgées que cela, se rappellent des allers retours avec une « baye » sur la tête, des branches de quenettes par dessus pour empêcher l’eau de verser pendant le trajet.

La dispute éclate lorsque Joseph CHAPELAIN, agacé par les incessants passages sous les fenêtres de sa maison de personnes se rendant à la source, détourne le chemin. Jacques Cadet MAGRAS n’accepte pas le nouveau tracé, et l’affaire finit au tribunal.

Ci-dessous, vous pourrez lire la transcription des pétitions, des certificats d’habitants prenant parti pour l’un ou pour l’autre avec des détails qui donnent vie à cette petite histoire de la vie de tous les jours.

Je n’ai pour l’instant pas trouvé le jugement de la Cour de Justice.

FSB 245

Le 16 septembre 1861, « Nous les soussignés Représentants du quartier Sous le Vent de l’île, certifions par ces présentes, nous être transportés sur l’invitation de son excellence, Monsieur le Gouverneur, au quartier de l’Anse des Flamands pour visiter et constater la practibilité d’un chemin vicinal existant entre les propriétés des sieurs Jacques Cadet MAGRAS et Joseph CHAPELAIN, que le susdit chemin est nuisible à Joseph CHAPELAIN en ce qu’il passe sous ses fenêtres et expose aux regards de tous les passants, la privauté du domicile du susdit propriétaire.

Nous déclarons en outre, avoir fait et soumis aux propriétaires susdits, le tracé d’une nouvelle voie, qui nous a semblé être plus convenable pour eux, et tous les autres intéressés ».

Ecrit et signé par Hippolyte DUCHATELLARD

Signé par Martin SERGE et Pierre LÉDÉE, et marque ordinaire de Joseph André BLANCHARD.

Le 20 septembre 1861 « Le soussigné, Joseph CHAPELAIN, a l’honneur de vous exposer qu’il est propriétaire d’un terrain situé sur les hauteurs du quartier de l’Anse des Flamands, qu’il existe sur sa propriété un chemin vicinal, que ce chemin lui est devenu nuisible en ce qu’il passe sous les portes de son domicile et expose aux regards des passants, la privauté du domicile susdit. Pour obvier à ce désagrément, le soussigné a offert aux personnes intéressées de détourner le dit chemin vicinal, de leur en fournir un autre tout aussi convenable, ainsi que le constate le certificat donné par les Représentants du quartier Sous le Vent.

            Qu’il éprouve une résistance de la part de ses voisins qui menacent de déboucher les clôtures que pourrait élever le soussigné, à mesure qu’il les élèverait, afin de s’abriter et se renfermer dans sa propriété

En conséquence, le soussigné supplie l’honorable Cour de Justice de prendre en considération son cas, d’ordonner la vérification des lieux, de faire établir un tracé de la voie existante et un tracé de la voie qu’il propose d’accorder, de nommer des experts et arbitres en dehors des Représentants déjà entendus, et, s’il  y a lieu, faire droit à sa juste demande.

C’est Justice ».

Le texte n’est pas écrit par lui, mais Joseph CHAPELAIN signe.

Le 14 octobre 1861 «  Le soussigné Joseph CHAPELAIN, propriétaire d’un terrain qu’il habite sur les hauteurs du quartier de l’Anse des Flamands, a l’honneur de vous exposer ce qui suit :

            Qu’en sa qualité susdite, et voulant jouir du privilège qui confère la qualité susdite, il a, pour sa convenance, détourné un chemin vicinal passant sur sa propriété, lequel chemin exposait aux regards de tout venant, la privauté de son domicile.

            Qu’avant de détourner le susdit chemin, il a pourtant proposé, et ce d’après la constatation par les Représentants du quartier Sous le Vent que le chemin lui était nuisible, deux autres voies passant aussi sur ses terres pour se rendre à la source d’eau.

            Que le sieur Cadet MAGRAS, son voisin, s’érigeant en champion de la population, s’est opposé à tout mode de conciliation, étant le seul qui use constamment de ce chemin,

            Que lui, CHAPELAIN, soussigné, a déjà, lors de la dernière séance de l’honorable Cour de Justice, présenté une pétition demandant à établir son droit, afin d’éviter entre lui et ses voisins, toute collision ultérieure,

            Que l’honorable Cour de Justice n’a pas pris en considération la susdite pétition,

            Que depuis lors, il a cru pouvoir clore son terrain, réservant toutefois à ses voisins deux chemins sur ses terres, à leur choix et convenance, autres que celui dont la proximité à sa maison lui était devenu nuisible,

            Qu’il a clos et bouché l’ancien chemin, laissant néanmoins pour conduire à la source d’eau, deux autres voies, ainsi qu’il est dit plus haut,

            Que le sieur Cadet MAGRAS a, agissant d’après son dire, d’ordre supérieur ou en vertu de droits antérieurs, démoli le mur de clôture élevé par le soussigné,

            Que pour la commission de cet acte, le dit sieur Cadet MAGRAS était accompagné de ses deux fils, et que lui, Cadet MAGRAS, a déclaré vouloir que l’ancien chemin fut maintenu à quelque dommage ou désagrément que devrait en éprouver le propriétaire soussigné,

            Que cet état de contestation  permanente entraîne pour le soussigné des déplacements étant nuisibles à ses intérêts,

            En conséquence, le soussigné supplie respectueusement l’honorable Cour de Justice de statuer sur son droit, de faire comparaitre le sieur Cadet MAGRAS, d’entendre le sieur Pierre LÉDÉE, Représentant, témoin de la rencontre sur les lieux des sieurs MAGRAS et fils quand ils démolissaient le mur, d’établir pour l’avenir, le droit du soussigné de prendre en considération le certificat des Représentants, de condamner à tous les frais et dépens de la cause, le dit sieur MAGRAS.

            C’est Justice ».

La Cour de Justice convoque Cadet MAGRAS pour la séance du 25 octobre 1861.

Jacques Cadet MAGRAS prépare sa défense, et, le 18 octobre, il obtient un certificat.

« Les soussignés habitants de la partie de Sous le Vent de cette île de Saint-Barthélemy, déclarent et certifient par ce présent, que de temps immémorial, ils ont toujours connu le chemin de la ravine où se trouvent deux champs de lataniers sur les terres appartenant aux sieurs Jacques Cadet MAGRAS et Pierre GRÉAUX « l’ami » pour se rendre au ruisseau où ils prennent de l’eau pour leur usage, que par suite de quelques dégradations commises dans le temps sur la propriété dudit sieur GRÉAUX, il a empêché le passage des habitants dans ce chemin, en accordant, d’un commun accord entre lui et les dits habitants, de leur donner un nouveau chemin, ainsi que le propriétaire alors du terrain que possède aujourd’hui Monsieur Joseph CHAPELAIN, qui présentement, tant pour sa convenance, que pour des raisons inconnues, s’oppose à laisser passer le dit sieur Jacques Cadet MAGRAS dans le même chemin où il passe depuis diverses années, pour en donner présentement un nouveau, bien plus éloigné que le premier, et où il faut monter un morne élevé, ce qui est bien pénible en portant un poids aussi pesante sur la tête, qu’une baye d’eau, ce que toute âme compatissante ne peut fixer sans en être vivement touchée.

En conséquence de ces difficultés, les habitants précités sont d’avis que le sieur Jacques MAGRAS Cadet doit avoir droit au premier chemin de leurs ancêtres, de la Ravine aux Lataniers, étant le plus voisin du ruisseau, ou la conservation du droit qu’il avait de passer ainsi que ses concitoyens depuis diverses années.

En foi de quoi, nous délivrons le présent, à la demande du sieur Jacques MAGRAS Cadet, pour servir et valoir devant qui il appartiendra ».

Le document est signé par de nombreux habitants.

Le 21 octobre 1861 « Répondant à l’assignation de ce jour de Mr Joseph CHAPELAIN, le soussigné Jacques MAGRAS Cadet a l’honneur de vous exposer très humblement qu’il est vrai qu’il a démoli le mur qu’avait si hardiment élevé le sieur CHAPELAIN avant d’attendre la conciliation des membres de la Chambre des Représentants qui, a leur arrivée chez lui pour en décider l’affaire, les a reçus d’une manière brutale, en disant qu’il était maitre de son bien, et qu’il n’avait pas besoin d’aucune décision des

Représentants, et que personne ne gouvernait ses biens, que lui seul.  Alors, ces messieurs se sont retirés, sans avoir rien décidé.

Sur ces faits, je le répète, j’ai démoli le mur qui me privait d’aller prendre mon eau, quant à être le seul qui use du chemin, je dois dire que, Monsieur CHAPELAIN se trompe, car tout le peuple habitant les hauteurs de cette source, en font usage.

Quant au chemin vicinal dont il parle, il ne consent plus d’en laisser jouir, pour en donner un autre inconvenable et dont il ne pourrait y passer que par des grandes fatigues.

Le soussigné sollicite l’honorable Cour de prendre en considération sa position pour lui faire jouir des premiers droits qu’avaient ses ancêtres au passage de la Ravine aux Lataniers ou la même jouissance du chemin qu’il avait droit de passer depuis quelques années, comme le mentionne le certificat ci-annexé aux présentes.

Le suppliant supplie très humblement l’honorable cour de prendre en considération ses déplacements, peines et troubles que lui occasionne Monsieur CHAPELAIN, pour lui en faire supporter les frais, dommages et intérêts.

Ce considéré ferait justice ».

Jacques MAGRAS Cadet ne sait pas ni écrire ni signer,

Les témoins signataires sont Timothée QUESTEL fils et Louis Nicolas DANET

Le 25 octobre l’affaire passe devant la Cour de Justice mais elle est renvoyée à la session du 22 novembre. Les deux parties étant présentes, elles sont informées par la Cour de ce qu’elles devront préparer pour que l’affaire puisse être décidée.

Jacques Cadet MAGRAS  passe à l’offensive, et obtient deux certificats d’habitants du quartier de l’Andrieux (ici en fait écrit « Landrieux »)

Le 5 novembre 1861 «  Nous soussignés habitants du quartier de L’Andrieux en cette île de Saint-Barthélemy,

                                    Certifions par ces présentes, que nous n’avons d’autre fontaine pour aller prendre de l’eau pour notre usage, que celle qui se trouve sur les terres de Mr Lazare CHAPELAIN étant le plus près, que depuis notre connaissance, jusqu’à ce jour, nous avons eu droit de passer dans les derniers chemins qui aujourd’hui offrent des difficultés par les faits de CHAPELAIN ».

Marques ordinaires de Louis DANET, de la veuve Joseph ZINGUE (Dorothée BELLEVUE), Elisabeth LÉDÉE, François TURBÉ, Augustin TOUSSAINT, Jean Joseph NICOT, François Alexis DANET,

Signatures de Joseph Alexis BRIN, Joseph François AYE, Joseph TURBÉ

Le 5 novembre toujours, « Je soussigné Salomon TURBÉ dit « BERTIN », Représentant de mon district au quartier nommé L’Andrieux, certifie par ces présentes, que c’est dans la source ou fontaine située sur les terres de Mr Lazare CHAPELAIN, que les personnes du quartier précité, prennent de l’eau pour leur usage depuis un temps immémorial, et que le chemin de la Ravine aux Lataniers passant sur les terres des sieurs Jacques MAGRAS Cadet et Pierre GRÉAUX l’Ami a été toujours celui du dit quartier pour se rendre plus tôt à la dite source comme étant le plus court et le plus convenable qui existe pour la convenance des dits habitants, en foi de quoi, j’ai dit ici le présent pour valoir ce que de raison devant qu’il appartiendra ».

L’Andrieux, Marque ordinaire de Salomon TURBÉ

Mais Joseph CHAPELAIN s’est également lancé dans la course pour obtenir le support d’habitants.

Le 15 novembre 1861, « Nous soussignés, Pierre GRÉAUX l’Ami âgé de près de quatre-vingt ans, et Charles QUESTEL, âgé de soixante-quinze ans, tous les deux propriétaires  dans cette île, déclarons et certifions à tous qu’il appartiendra, ce qui suit :

            Que de notre parfaite connaissance, il n’a jamais existé aucun chemin voisinage pour se rendre à la source d’eau située sur les hauteurs de l’Anse des Flamands, autre que celui accordé il y a trente trois ans par le sieur Pierre GRÉAUX l’Ami, l’un des déclarants, au sieur Jean MAGRAS devenu son voisin quand il habitait la propriété qui est aujourd’hui celle du sieur Jacques MAGRAS Cadet son frère,

            Que ce sentier accordé par le sieur déclarant sus mentionné descendait alors de la maison du dit sieur Jean MAGRAS et suivait le cours de la Ravine des Lataniers, propriété du sieur Pierre GRÉAUX l’Ami soussigné,

            Que ce sentier a depuis lors subi beaucoup de changements, selon la convenance des voisins qui voulaient clore leur terrain, ou, pour d’autres causes, mais notamment quand le sieur déclarant s’est aperçu que les passants commettaient des dégâts dans ses lataniers ou dans son verger de fruits,

            Que cette source n’est point publique, qu’elle faisait partie de la propriété du premier sieur DANET, dont le sieur Pierre GRÉAUX l’Ami est héritier pour la portion de son épouse,

            Que le sentier a subi quatre détournements :

                        Quand de fortes pluies avaient défoncé la ravine,

                        Quand le sieur Pierre LÉDÉE a construit sa nouvelle maison

                        Quand le sieur Jacques MAGRAS Cadet a voulu clore son terrain

                        Quand CHAPELAIN fils a construit sa maison actuelle

            Enfin, Pierre GRÉAUX l’Ami, principal propriétaire, d’accord avec CHAPELAIN fils, accorde un nouveau sentier pour l’utilité des passants, mais principalement du sieur Jacques MAGRAS Cadet, lequel sentier est tout aussi court et aussi convenable que celui qui passe aujourd’hui presque sous les fenêtres de la maison de CHAPELAIN fils.

            En foi de quoi, nous déclarants soussignés, délivrons le présent certificat pour servir au besoin, promettant, si requis, de l’affirmer par serment devant qui de droit ».

Marques ordinaires de Pierre GRÉAUX l’Ami et Charles QUESTEL

Signature des témoins, Pierre LÉDÉE et Martin SERGE

FSB 245

Le 18 novembre 1861 « Le soussigné Joseph CHAPELAIN fils, à l’honneur de vous raposer (sic) qu’il est en instance devant l’honorable Cour de Justice pour établir un droit qui lui est contesté par son voisin le sieur Jacques MAGRAS Cadet, ainsi qu’il résulte du renvoi de l’affaire à votre dernière séance, jusqu’à fourniture de plus amples preuves de son droit qu’il a l’honneur de vous soumettre comme suit :

            Que son terrain a fait partie d’une plus grande portion de terre dépendante de la succession du premier sieur Cadet DANET au décès duquel et de son épouse, sa propriété a été partagée entre ses héritiers, dont la seule survivante aujourd’hui est la dame Rose DANET, épouse du sieur Pierre GRÉAUX l’Ami.

            Que sur ce terrain, formant la susdite succession des époux Cadet DANET, il y a une source d’eau qui n’est pas publique, mais dont les héritiers directs s’étaient réservés la jouissance mutuelle. Aucun chemin n’était dû à personne, il n’en existait pas, la source d’eau était la propriété privée des époux DANET.

            Qu’il n’y a qu’environ trente ou trente trois ans que le sieur Jean MAGRAS, frère du sieur Jacques MAGRAS Cadet, défendeur, est venu habiter le terrain aujourd’hui possédé par ce dernier Jacques MAGRAS Cadet,

            Que pour être agréable à leur nouveau voisin, le sieur Jean MAGRAS susnommé décédé, et pour lui éviter le grand détour qu’il aurait eu à faire pour se rendre à la source par la grande route, les sieurs Pierre GRÉAUX l’Ami, époux de la dame Rose DANET, et la dame Geneviève DANET, épouse Lazare CHAPELIN « père », ont, après pour s’être entendus, accordé et permis au sieur Jean MAGRAS, eux trois susnommés, héritiers du sieur Cadet DANET, un sentier passage ou chemin, dans la Ravine des Lataniers, leur propriété, pour se rendre à la source. Ce sentier descendait alors, de la maison du sieur Jean MAGRAS par une légère ou faible courbe, à la source, par la Ravine des Amarres ou Lataniers.

            Que Lazare CHAPELIN, oncle du soussigné, se rappelle parfaitement avoir eu dans sa jeunesse, et au même endroit ou passe aujourd’hui le chemin contesté, un jardin que lui avait permis de cultiver sa mère, dame Geneviève DANET, épouse de Lazare CHAPELIN père,

            Que, loin d’avoir été un sentier ou chemin, que lui, Lazare CHAPELIN « fils », oncle du soussigné, ayant plusieurs fois remarqué qu’on avait passé dans son jardin, l’avait bouché ou clôturé avec des raquettes,

            Que plus tard, quand le sieur Jacques MAGRAS Cadet est venu habiter la propriété ayant appartenu à son frère Jean MAGRAS, il a joui du bénéfice du sentier,

            Que depuis lors, ce sentier a subi de grands détournements selon l’exigence des circonstances qui les ont motivées :

Quand de fortes pluies ont défoncé le premier sentier accordé au sieur Jean MAGRAS, décédé, par les héritiers de Cadet DANET,

Quand le sieur Pierre GRÉAUX l’Ami, l’un des héritiers et propriétaires, aussi par achat des parts d’autres héritiers, s’est aperçu que ceux qui passaient par ce sentier, commettaient des dégâts dans son verger de fruits ou lui volaient des feuilles de latanier,

Quand le sieur Jacques MAGRAS Cadet a voulu clore son terrain, et par là empêcher que l’on passât trop prêt de sa maison,

Quand Pierre LÉDÉE, Représentant, a voulu construire sa nouvelle maison,

Enfin, quand l’impétrant soussigné, a lui même bâti sa cuisine,

En raison, et pour la justification de toutes ces allégations, le soussigné demande respectueusement que les prières ci-annexées soient prises en considération, que l’honorable Cour de Justice fasse comparaitre à sa barre, les sieurs Charles QUESTEL, propriétaire, Pierre LÉDÉE, Martin SERGE, André BLANCHARD et Hippolyte DUCHATELLARD, ces quatre derniers, Représentants du quartier Sous le Vent, et condamner, s’il y a lieu, le sieur Jacques MAGRAS Cadet à accepter le nouveau sentier proposé qui est tout aussi convenable que celui dont il exige le maintient, mais dont la proximité avec sa maison lui est nuisible, à lui soussigné, le condamner en outre, en même temps, à tous les frais et dépens de la présente instance, à relever le mur du soussigné qu’il a abattu, et enfin, à tous les dommages et intérêts y résultant.

C’est Justice, »

Le 21 novembre 1861 «  Nous Représentants soussignés, et autres habitants, aussi soussignés, déclarons et certifions par ces présentes avoir visité le terrain du sieur Joseph CHAPELAIN situé sur les hauteurs du quartier de l’Anse des Flamands, sur lequel terrain, il existe un sentier conduisant à une source d’eau, lequel sentier passe presque sous les fenêtres de la maison du propriétaire,

                                    Que le sieur CHAPELAIN nous a montré un nouveau sentier qu’il accordait à ceux qui usaient de cette voie et principalement au sieur Jacques MAGRAS Cadet, pour se rendre à la source d’eau,

                                    Appelés à formuler une opinion, nous, soussignés, déclarons en âme et conscience, que le sentier tel qu’il existe, n’est point un chemin vicinal ainsi qu’on l’a cru jusqu’ici par erreur, mais qu’il a été accordé et convenu mutuellement entre les premiers propriétaires, tous parents, pour leur convenance particulière entre eux, desquels, il en existe encore,

                                    Que ce sentier, tel qu’il se trouve, passe trop près de la maison du propriétaire et que celui-ci ne peut se livrer, dans l’intérieur de sa maison ou de sa chambre à coucher, à aucune occupation, aucun travail, sans être exposé aux regards de ceux qui passent sur ses terres,

                                    Que le sentier proposé par le sieur CHAPELAIN, du consentement du sieur GRÉAUX, sur une portion du terrain duquel passe une portion du nouveau sentier, est tout aussi court et tout aussi praticable, et beaucoup plus convenable que le premier sentier y existant ».

Le courrier est signé par les quatre Représentants et le document porte la marque ordinaire de très nombreux habitants.

FSB 245

Le 22 novembre 1861, l’affaire repasse devant la Cour de Justice, et des témoins sont appelés à la barre.

Charles QUESTEL, âgé de 75 ans confirme le certificat qu’il a signé, excepté « qu’il a toujours connu cette source comme publique et pense que le chemin proposé n’est pas tout à fait  aussi court comme l’autre, mais qu’il est cependant très bon et qu’il a toujours passé par le terrain de CHAPELAIN ».

Pierre LÉDÉE, âgé de 47 ans « a entendu dire par les anciens que le sentier tel qu’il existe, n’est point un chemin vicinal et que le sentier au chemin proposé est tout aussi court, praticable et convenable comme l’autre. Il ne connaît pas de lui même, mais a entendu dire par les anciens, et, nommément, par sa belle-mère, Marie Magdelaine MAGRAS, mariée à un des héritiers DANET, que la source en question était mitoyenne entre les héritiers DANET, et, conséquemment, pas publique. Il pense, mais ne sait pas, que CHAPELAIN, quand il a bâtit sa maison, avait changé ce chemin, un peu, qu’il passait autrefois un peu plus près de sa maison. Il dit aussi qu’une partie, ou petite portion de terre d’environ trois brasses de la source a été vendue par sa dite belle-mère au public, il y a quelques ans. Ce témoin donne un plan tracé par lui du chemin de la source et du voisinage ».

Martin SERGE, âgé de 34 ans, « Représentant, ne connaît pas si le sentier est un chemin vicinal ou non, ni si la source d’eau en question est publique ou non, mais il a toujours entendu dire qu’elle appartenait aux héritiers DANET. Il trouve que le chemin proposé est aussi court, convenable et praticable comme l’autre ».

André BLANCHARD, âgé de 35 ans, « Représentant, trouve le chemin proposé très bon, plus court, plus praticable que l’autre ». Il répète la même chose que Martin SERGE, mais ajoute, en parlant de la source « que tout le monde y va prendre de l’eau, mais sans y avoir droit ».

François Salomon TURBÉ, âgé de 54 ans, « Représentant, ne connaît pas si la source est publique ou non, mais a toujours connu tout le monde prendre de l’eau de là, au moins pendant trente ans. Il y a dix à douze ans qu’on a vendu une petite portion de terre près de la source, pour laver du linge, et tout le voisinage a contribué à cela d’un escalin et demi, ou comme ça. La portion de terre a été vendue par la belle-mère de Mr Pierre LÉDÉE, Marie Magdelaine DANET, née MAGRAS. Il a toujours ouï dire et pensé que tout le voisinage avait droit à ce chemin ».

François GRÉAUX « désir », âgé de 52 ans, « propriétaire à l’Anse des Flamands, connaît depuis 35 ans que ce chemin a été à l’usage du public, l’ayant souvent passé lui-même dans sa jeunesse pour chercher des filles. Il sait que tout le monde prenait de l’eau de là, et que le colonel BAGGE faisait même charrier de l’eau de cette source pour ses bestiaux. Il connaît aussi qu’on avait passé une vente d’un petit terrain près de la source pour le blanchissage. Cette vente a été faite par la belle-mère de Pierre LÉDÉE au public, il y a dix ou douze ans de ça. Il ne sait pas si la source était publique ou non, mais sa grand-mère, veuve Thomas LEBLANC, morte à 90 ans, lui a toujours dit qu’elle était propriété publique ».

François Isidore DANET, âgé de 32 ans «  a toujours connu et entendu que la source et le chemin actuel ont toujours été à l’usage du voisinage. Il connaît le chemin proposé, qui va être plus long et plus difficile que l’autre ».

François TURBÉ fils, âgé de 35 ans « connaît le chemin proposé qui est plus long que l’autre et a plus de détours et plus à monter. A toujours connu que la source et le chemin étaient publics ».

Après avoir écouté tous les témoignages, la séance est levée et les parties invitées à se représenter devant la Cour le 20 décembre 1861 pour faire la lumière sur l’affaire.

Le 20 décembre, l’affaire est renvoyée à nouveau.

QUI EST QUI ?

Joseph Benoit CHAPELAIN ou CHAPLIN est né vers 1835 à Colombier. Il est le fils d’Auguste André Adrien CHAPELAIN et de Jeanne Rose MAGRAS. C’est son grand-père paternel, Louis Lazare CHAPELAIN, qui est arrivé de Marseille vers 1802. Le nom n’est jamais écrit de la même manière, mais la signature de l’ancêtre, Louis Lazare, indique CHAPELAIN. Ce nom a disparu depuis longtemps de nos rivages, mais nombres d’habitants d’aujourd’hui descendent de ce Marseillais.

On peut noter tout de suite, que les deux grand-mères de Joseph CHAPELAIN sont des DANET, toutes les deux, filles de François « Cadet » DANET, du côté paternel, Geneviève Louise, née en 1778 à Colombier, et du côté maternel, Suzanne ou Marie Magdelaine, née à Colombier en 1782. La terre sur laquelle Joseph CHAPELAIN  a bâti sa maison, sur les « hauteurs de l’Anse des Flamands », dans la « Ravine aux Lataniers », lui vient donc de ses grands-parents.

François Cadet DANET n’est pas le « premier » DANET, mais son troisième fils. Lorsqu’il est écrit dans un des témoignages « le premier sieur DANET » je pense qu’il faut comprendre « le premier DANET a avoir été propriétaire de cet endroit ». D’ailleurs, le premier DANET habite Corossol avant d’être expulsés par les Anglais. Peut-être que François Cadet DANET a racheté cette terre ou qu’il en est propriétaire par l’héritage de sa femme, Geneviève QUESTEL dont les parents sont de Colombier.

Pierre GRÉAUX l’Ami est né à l’Anse des Cayes vers 1784, il est le fils de François GRÉAUX l’Ami, et de Florence GRÉAUX. Pierre est marié avec une autre fille de François « Cadet » DANET, Anne ou Jeanne Rose DANET.

Pierre GRÉAUX l’Ami est donc le grand-oncle de Joseph CHAPELAIN.

Jacques « Cadet » MAGRAS est né à Colombier vers 1806, il est le fils de Jean François MAGRAS et de Marie Louise DANET. La mère de Jacques est aussi une fille de François Cadet DANET. Jacques est le frère de la mère de Joseph CHAPELAIN, son oncle, donc.

Charles QUESTEL âgé de 75 ans en 1861 doit être celui qui est né à Public vers 1784, époux de Marie Louise MAGRAS et cultivateur à la Grand-Roche à Colombier. Il est le beau-père de Martin SERGE.

Martin SERGE est né à Colombier en 1817, fils de Jean Martin SERGE et de Jeanne Rose MAGRAS. Il est marié avec Elisabeth QUESTEL. Martin SERGE est l’oncle par alliance de Joseph CHAPELAIN (le père de Joseph s’est remarié avec la sœur de Martin).

Pierre LÉDÉE me pose un problème. Je pense l’avoir identifié comme étant celui qui est surnommé « Louiset ». Il serait né vers 1820, fils de Pierre Louis LÉDÉE « Louiset » et Marie Magdelaine MAGRAS. Il se trouve que sa mère a été mariée en premières noces avec un Pierre DANET fils de François Cadet DANET. Elle n’est donc pas sa belle-mère, mais bien sa mère. Etait-ce pour signifier que c’était en référence à son premier mari ? Je n’ai rien d’autre à proposer. Pierre est marié avec Louise Antoinette GRÉAUX.

Louis Nicolas DANET est né à Colombier en 1827, il est le fils de François Pierre DANET et de Geneviève ou Florence GRÉAUX cultivateurs au « Petit-Fond » à Colombier. Louis Nicolas est un petit fils de François Cadet DANET.

Salomon TURBÉ « Bertin » est né à Colombier en 1807, il est le deuxième fils de Joseph Simon TURBÉ l’ancêtre, et de Jeanne Rose Rosalie GRÉAUX. Il est marié avec Catherine MAGRAS, ils habitent l’Andrieux.

C’est donc bien, en plus d’un problème de voisinage, une histoire de famille. L’héritage de François Cadet DANET partagé, l’accès à la source devient compliqué entre ses descendants.



Catégories :CAMPAGNE, CHAPELAIN, Colombier, FLAMANDS, Greaux, La Source, MAGRAS, TURBÉ

2 réponses

  1. Votre article m’a beaucoup intéressée puisque je suis sans doute une descendante de François Cadet Danet.
    J’ai évidemment croisé les données de filiation que vous évoquez avec les données de mon arbre généalogique.
    Je n’ai pas bien compris quand vous écrivez : »François Cadet DANET n’est pas le « premier » DANET, mais son troisième fils ». Le 3ème fils de qui ?
    Pour moi, François Cadet Danet a épousé Geneviève Questel le 5 mai 1777 et il est le fis de Pierre Danet et de Marguerite Gréaux. Parlons nous du même ?
    Par ailleurs vous indiquez : « On peut noter tout de suite, que les deux grand-mères de Joseph CHAPELAIN sont des DANET, toutes les deux, filles de François « Cadet » DANET, du côté paternel, Geneviève Louise, née en 1778 à Colombier, et du côté maternel, Suzanne ou Marie Magdelaine, »
    Pourtant en suivant vos explications suivantes il me semble que la grand-mère côté maternel serait plutôt Marie Louise Danet épouse de Jean-François Magras ( si Jacques Cadet Magras est l’oncle de Joseph Chaplin. )
    En tout cas , ce récit de querelles de voisinage m’a beaucoup amusée. Vous avez accès à une documentation exceptionnelle !

    Aimé par 1 personne

  2. As always a very interesting article.
    I had heard from my grandfather of water sources in the hills where some took their goats or went for water. I have also wondered, with such a small island, if division of property amongst descendants ever caused problems. I guess it did, in more ways than one. So many familiar names including those of the sons of Jacques André Firmin Blanchard – Joseph André Blanchard and Louis André Désil Blanchard. I see also a mark for Jacques Lédée who I assume is the one married to their sister, Jeanne Rose Ciboune Blanchard. Their other sister, Rosalie was married to Francois Gréaux, but he would have been 30 at the time. There is however a mark for that name.

    Aimé par 1 personne

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