Cet article examine les dossiers constitués par des habitants de Saint-Barthélemy émigrés à Porto Rico dans le cadre de la Cédula Real de 1815. La présentation suit un classement alphabétique, allant d’Aubin à Joumard.
Este artículo, redactado en francés, examina los expedientes constituidos por habitantes de Saint-Barthélemy emigrados a Puerto Rico al amparo de la Cédula Real de 1815. La presentación sigue un orden alfabético, desde Aubin hasta Joumard. Si dispone de información adicional o de correcciones que aportar, le agradecería que me enviara un correo electrónico.
Tous ne portent pas de patronymes considérés comme proprement « Saint-Barth », mais la plupart ont épousé des Saint-Barth puis ont émigré. Ces familles se sont souvent installées dans les mêmes endroits et ont continué à se côtoyer. Certaines se croisent dans les générations suivantes. Beaucoup d’autres habitants de notre île ont décidé de faire le grand saut au 20e siècle, mais nous ne mentionnons ici que ceux arrivés au 19e, sous couvert de la Cédula de Gracias de 1815.
Les dossiers ne sont pas toujours complets et malheureusement, il est parfois difficile d’identifier tout le monde.
Jean Baptiste Aubin
Il envoie sa demande de résidence le 11 mars 1824. Il est arrivé légalement à Guayama avec un passeport en provenance de l’île de Saint-Barthélemy. Il a acheté suffisamment de terres pour y travailler. Il respecte les lois et les usages de la nation espagnole. Jean Baptiste Aubin jure fidélité le 24 du même mois.
Dans son dossier il a joint un certificat de baptême daté du 29 avril 1792.

Il est né à Grand Fond le 26 septembre 1791, fils de Charles Aubin « Cadix » et de Marie Louise Gréaux. C’est un cousin de Santiago et Francisco que nous verrons juste après. Comme les autres Saint-Barth que nous avons déjà vus, Jean-Baptiste, bien qu’officiellement résidant à Porto Rico, continue de faire des allers-retours à Saint-Barthélemy. Le 29 avril 1830, il y épouse Catherine Mutrel, née à la Grande Saline en 1801, fille de Joseph Mutrel « Peter » et de Marie-Anne Lédée. Ils ont eu trois filles, toutes nées à Saint-Barthélemy. Je pense que Jean-Baptiste vit et travaille à Porto Rico, et qu’il revient sur notre île une fois par an. Il décède avant 1841.
Il semble que seule sa fille Louise ait une descendance, principalement à Saint-Thomas. Nous l’avons vue dans l’article précédent, puisqu’elle est celle qui épouse Louis Joseph Serge en 1851 à Guayama.
Francisco Aubin
Dans sa demande de naturalisation envoyée en novembre 1831, il indique que cela fait plus de dix ans qu’il réside à Guayama avec ses parents et son frère, et qu’ils ont obtenu la carte de résidence. Son frère Santiago a été naturalisé le 22 juillet 1830. Sa demande est acceptée et il est naturalisé le 25 novembre 1831.
Santiago Aubin
Il écrit qu’il est arrivé à Guayama avec son père en 1822 et qu’il a obtenu sa carte de domicile à cette époque. Qu’il a prouvé sa bonne conduite, sa bonne attitude depuis qu’il habite là, et il demande sa naturalisation. La demande est datée du 13 juillet 1830.

Quatre témoins espagnols confirment sa bonne conduite ainsi que celle de son père, Santiago Aubin, à présent décédé. Depuis qu’ils sont arrivés, ils sont agriculteurs et aussi navigateurs ; ils ont une habitation qui produit de la canne à sucre dans le quartier de Machetes, dans cette juridiction. Il habite avec un frère et leur conduite est irréprochable. Un cinquième précise qu’il travaille avec son frère, qu’avant d’être agriculteurs, ils étaient marins. Ils sont appréciés tant par les autorités que par les habitants.
Dans un autre courrier du 21 juillet de la même année, Santiago ajoute qu’en tant que fils légitime de son père, il a bénéficié de la protection accordée par la carte de son père, et qu’après son décès, il est resté sur place, cela faisant huit ans qu’il n’a pas quitté l’île. Conformément à la Cédula de Real, il demande donc la naturalisation espagnole. Le même jour, il prête serment, et le lendemain, Santiago Aubin est officiellement devenu espagnol. Je n’ai rien sur lui, ni même son baptême. Il est le fils de Jacques « Nesty » Aubin de Grand Fond et de Catherine Marie Rose Laplace de Toiny.

À noter que son père apparaît souvent en tant que capitaine, et aussi comme armateur dans les documents officiels à Saint-Barth. Après le décès de sa première épouse, Catherine Marie Rose Laplace, en 1819, il se remarie avec Catherine Louise Mayer à Guayama le 8 janvier 1824. Jacques Aubin « père » décède en mer sur le bateau « L’espoir » qui appartient à son beau-frère Joseph Mayer. Catherine Louise Mayer avait été mariée en premières noces avec Paul Pierre Lédée « Pont » et la plupart des enfants et petits-enfants semblent vivre à Porto Rico, ou effectuer des allers-retours entre les deux îles. Grande descendance aux Etats-Unis.
Juan Berné
Dans un témoignage en date du 9 septembre 1830, il est dit être natif de Puerto Príncipe (Port-au-Prince), dans la partie française de l’île de Saint-Domingue, et résidant dans ce village (Ponce). Il est le fils de Francisco et d’Elena « Viro ? ». Il indique aussi être « un bon catholique et que ceux qui le connaissent l’ont souvent vu dans les temples de Dieu, comme tous les fidèles. Il a toujours eu une conduite irréprochable ».
Un autre indique qu’il le connaissait ainsi que ses parents lorsqu’il vivait dans la partie française de Saint-Domingue, qu’il était bon catholique, qu’il est comme un habitant espagnol d’ici, qu’il va à l’église comme eux. Qu’il le connaît en tant que boulanger, qu’il a une conduite irréprochable, qu’il est apprécié de tous. Un troisième confirme avoir connu ses parents à Puerto Príncipe, que Berné appartient bien à la religion catholique, qu’il l’a vu assister à la messe « au temple de Dieu » comme les autres fidèles. Il ajoute qu’il l’a toujours connu comme un boulanger, vivant pacifiquement, dans le respect des autorités.
Dans un courrier du 12 septembre 1830, il dit qu’il désire s’installer à Ponce en tant qu’agriculteur et demande la carte de résidence selon la loi de la Cédula de Gracias de 1815. Pourtant, il semble qu’on parle ensuite de Hato Grande (San Lorenzo) dans les environs de Patillas.
Dans un document du 2 juin 1829, Juan Bautista Berne reçoit l’autorisation de séjourner à Porto Rico pour deux mois. Il est arrivé en présentant un passeport de l’île de Saint-Barthélemy. Je ne sais pas qui il est, impossible d’identifier ses parents pour l’instant.
Alejo Bernie
Alexis Bernie, natif de Saint-Barthélemy et résident à Porto Rico, « demande l’autorisation de s’installer dans le village de Patillas afin de pratiquer l’agriculture et d’en vivre honorablement avec le produit de son labeur. Il supplie d’obtenir la carte de domicile, sans laquelle il ne peut ni s’installer ni acheter de terrains. Il est un bon catholique et, pour le prouver, possède une copie conforme de son acte de baptême en espagnol ».
Il semble résider un temps à Saint-Thomas auparavant, car il a présenté un passeport des autorités danoises pour entrer à Porto Rico daté du 13 septembre 1824.

Il prête serment le 21 septembre 1824.

Alexis Bernier est né à Saint-Barthélemy le 19 mars 1779, fils de Jacques Prosper Bernier (né à Barrouallie, île de Saint-Vincent) et de Magdelaine Reine Laplace.
Alexis épouse Louise Elisabeth Lamontagne à Saint-Barthélemy le 23 mars 1813 (mariage civil). Ils auront six enfants entre 1814 et 1827 (Alexandrine, Jean François Narcisse, Alexis, Anne Louise, Adolphe, Clara). La dernière est née à Patillas, les autres sur notre île (avant le départ). Alexis a également eu de nombreux enfants naturels et reconnus, avant son mariage, avec une métisse libre originaire de Basse-Terre dont le nom change très souvent. On la trouve sous Marie Sylvie, dite Arthemise ou Seville Falaque. Elle décède à Gustavia le 26 décembre 1815. Ils ont huit enfants : Sainval, Louisonne, Catherine, Alexis, Chery, Bernard « Bernadotte », Louise « Pasonette » et Solitude. Ces enfants sont des personnes dites de couleur libres, ou métis, ou quarterons selon les actes. Une partie des enfants issus des deux mères suivra Alexis Bernier à Porto Rico.
Sainval Bernié
Le 12 avril 1824, St Val Bernié (l’orthographe de ce drôle de prénom varie beaucoup) envoie sa demande pour la carte de domicile. C’est un des rares documents parfaitement lisible ; je le reproduis ci-dessous en français.

À Son Excellence le Gouverneur et Capitaine Général,
Sainval Bernier, résident dans cette ville, se présente devant Votre Excellence avec le respect qui lui est dû et expose : Qu’ayant pour objectif de s’établir dans cette île, il est arrivé de l’île de Saint-Barthélemy, en compagnie de toute sa famille, comme l’attestent le passeport qu’il a présenté et qui est enregistré au secrétariat de ce gouvernement, ainsi que le document qu’il joint maintenant sous le numéro 1.
L’activité civile à laquelle il souhaite se consacrer dans cette île est celle de l’agriculture, pour laquelle il a choisi le village de Patillas, où il espère, grâce à ses relations et à ses connaissances, tirer des avantages et des bénéfices de son travail qui stimulent son propre développement. Ces circonstances, jointes au fait que la religion professée par le déclarant est celle officielle de cette île, comme l’atteste clairement le document qui l’accompagne sous le numéro 2, obligent le déclarant à se réclamer des dispositions de la Real Cédula de Gracias concernant l’établissement de colons étrangers, et à solliciter de Votre Excellence l’ordre de lui délivrer, pour sa sécurité et sa convenance, la carte de séjour correspondante ainsi que, si nécessaire, le permis de voyage pour se rendre à Patillas, le lieu choisi pour son établissement. Ainsi le supplie-t-il respectueusement, à Puerto Rico, le 10 avril 1824. St val Bernié”
Le lendemain, on lui accorde sa précieuse carte de domicile.
L’extrait conforme de l’acte de baptême est daté du 6 août 1817. Sainval avait-il préparé son émigration dès cette époque ? Sinon, pourquoi aurait-il eu besoin de demander cette copie conforme à cette époque ?
St Val Bernier épouse Marie Anne Datier à Saint-Barth le 4 juin 1822. Elle est native de Martinique.
Yohan Norderling délivre un passeport à Sainval Bernier le 31 mars 1824 sur lequel il est écrit :
“Certifions à ceux à qui il appartiendra que le nommé Sainval Bernier, porteur des présentes, âgé d’environ vingt-deux ans, est né dans cette isle et que je n’ai point entendu de plaintes contre sa conduite.
Il m’a déclaré son intention d’aller s’établir à l’isle de Portorico, et il est accompagné de:
Sa femme Marianne Dattier, âgée de 26 ans,
Son frère Alexis Bernier, âgé de 14 ans,
Sa sœur Marie Bernier, âgée de 16 ans
Et de ses trois domestiques, savoir :
La nérèse Théotiste, âgée de 22 ans,
La mulâtresse Rosalie, âgée de 4 ans,
Et le mulâtre Joseph, âgé de 1 an.
Nous vous recommandons lesdits sujets à la protection du gouvernement et des autorités de Portorico”.
Je ne sais pas si les autres frères et sœurs de Sainval restent à Saint-Barth ou s’ils sont déjà décédés à la date de son départ pour Porto Rico. Il y a de nos jours une descendance à Porto Rico.
Marcos Bernier
Le 16 aout 1824, il fait sa demande de résidence auprès des autorités de Patillas, le 16 août 1824
Marcos Bernier est originaire de Saint-Barthélemy, et il a déjà fourni son acte de baptême et son passeport à son arrivée à Portorico. Il déclare qu’il réside à Patillas depuis déjà six mois.
Dans un autre courrier, il est écrit qu’il n’a pas la copie de son acte de baptême, car il ne savait pas qu’il fallait en apporter une. Pour contourner cet obstacle, il fait témoigner Andrés et Mauricio Bernier, fils légitimes du défunt Pierre, ainsi que Pierre Lédée, époux de Madame Louise, et Antoine Giraud, l’époux de Madame Marie, sœurs des deux sus-nommés, qui peuvent jurer que je suis baptisé, conformément aux dispositions de l’Église catholique, religion dans laquelle j’ai été élevé. Tout cela est confirmé par le certificat du curé de la paroisse attestant de sa bonne conduite, tant morale que politique, depuis son arrivée il y a six mois. Il avait obtenu le droit de résider pendant six mois du Gouvernement général.
Le premier témoignage est celui de Mauricio Bernier, habitant le quartier de Cayey. Il sait que Marcos a été baptisé parce qu’il l’a entendu dire par son père, Pierre Bernier, dont Marcos était l’esclave sur l’île de Saint-Barthélemy. Marcos a obtenu sa liberté grâce aux bons services qu’il avait rendus.
Le deuxième témoignage est celui de Jean Pierre Bernier, habitant naturalisé du quartier de Guayama. Il confirme que Marcos est un bon catholique, qu’il est né sur l’île de Saint-Barthélemy, qu’il sait qu’il a une bonne moralité et que son père, Jean Pierre Bernier, lui a donné la liberté il y a plus de vingt-cinq ans en récompense de ses bons services.
Le troisième témoignage est donné par Antoine Giraud (le fils illégitime qu’on a vu dans le premier épisode, celui, donc, qui est marié à Marie Delphine Bernier (la sœur de Mauricio, Jean Pierre et Andrés). Antoine Giraud est âgé de cinquante-et-un ans, habitant naturalisé de Patillas. Il jure que tout ce qui a été dit par Jean Pierre Bernier est vrai. Il a connu Marcos lorsqu’il était esclave de Pierre Bernier. Il confirme qu’il a bien été libéré en raison de sa bonne conduite. C’est ensuite au tour de Pierre Lédée de témoigner. Il est également un naturalisé de Patillas, il a soixante-six ans et ne sait pas signer. Il confirme qu’il a connu Marcos Bernier lorsqu’il était esclave de son beau-père. Il ne doute pas qu’il ait été baptisé à l’église de Saint-Barthélemy, et il a été libéré de l’esclavage pour son bon comportement.

Le curé de Patillas commence son certificat par « Certifico que el moreno Marcos Bernier en los seis meses que hace vive en este partido … ». Il est donc important pour le curé de préciser que Marcos est un homme noir libre (c’est le terme utilisé à cette époque). Dans son courrier, le curé confirme qu’à son arrivée à Patillas, Marcos avait bien remis son passeport au gouvernement supérieur.
Marcos Bernier prête serment le 22 octobre 1824 afin de recevoir sa carte de résidence. Le certificat est donné le 5 janvier 1825.
Il semble que Marcos ait une descendance à Porto Rico, mais je n’ai pas vraiment cherché. Par contre, nous allons examiner son cas à Saint-Barthélemy un peu plus près parce que c’est assez intéressant.
Marcos Bernier épouse Marie Bernier le 25 novembre 1816. Le contrat de mariage est passé à Saint-Jean, chez un des témoins, Jean Vantre.
Les deux époux sont dits “nègres libres” habitants du quartier de Saint-Jean. Ils se marient selon la coutume de Paris. Leurs témoins sont des habitants importants du quartier : Jean Vantre, Jean Baptiste Lédée, Michel Tyran Babin et Sainte-Catherine Déravin.
Il semble que Marcos décède en 1825 à Patillas. Le reste, on le sait par le testament que Marie Louise Bernier fait rédiger le 26 août 1829 dans sa maison à Gustavia.
Rappelons que Marcos a été esclave, créole de notre île. Marie-Louise, elle, est née en Afrique. Elle a donc vécu l’impensable enlèvement et la mise en esclavage dans toute son horreur.
Dans son testament, donc, elle indique que ses dettes, s’il s’en trouve, seront payées par son petit-fils, Paschal. Elle donne et lègue la liberté à ses deux esclaves nommées Adelle, négrillonne native de cette île, 13 ans, et Marie Louise, créole également, 10 ans … “avec observation” (et c’est souligné) que son exécuteur testamentaire les fera travailler pour payer chacune sa lettre d’affranchissement. Elle termine sa phrase en indiquant qu’elle veut que tout son linge soit partagé entre elles deux … mais c’est tout de même difficile d’essayer de comprendre ces situations incroyables.
Un peu plus loin, elle explique que Paschal, qui a quatorze ans et réside à Porto Rico, est le fils de sa belle-fille Laurencine. Laurencine est la fille de Marcos, née avant son mariage avec Marie Louise.
Elle lui donne son habitation du quartier de Saint-Jean contenant deux carrés et demi, ainsi qu’une maison en charpente. Elle demande que cette habitation soit partagée à l’amiable entre Paschal et le nommé Jean Congu, noir appartenant à la dame veuve Laurent Lédée … à condition que Jean “soit constant à lui porter les soins nécessaires jusqu’à son décès”. Tous les meubles iront à Paschal, sauf un grand coffre en bois de sapin qui ira à Jean. Elle donne aussi à Paschal la négrillonne Mathurine qui se trouve à Porto Rico.
Elle lègue sa maison et le terrain de Gustavia à la mulâtresse Angélique, fille de Marie Magdelaine.
C’est Jean-Pierre Duzant, “son compère” et homme de confiance qu’elle nomme en tant qu’exécuteur testamentaire. Dans un courrier, on apprend qu’en 1834, la succession n’a toujours pas été clôturée car il y avait quelques dettes, et que Pascal, reparti à Porto Rico après une visite ici, ne semble pas se soucier des biens qu’il possède à Saint-Barth. On peut toujours s’étonner de voir comment deux anciens esclaves avaient réussi à se bâtir un tel patrimoine, et comment leur petit-fils, installé à Porto Rico, semble dédaigner ce “patrimoine” qu’on lui a légué à Saint-Barth.
Comme on vient de le voir, il y a plusieurs branches de Bernier à Porto Rico, installées au moment de la mise en place de la Cédula de Réal à Porto Rico, et il est très difficile, pour les descendants d’aujourd’hui, de remonter leur arbre jusqu’au bon ancêtre. Pour compliquer encore un peu plus la chose, il y a ce Pierre Bernier, devenu Pedro Bernier, qui vient s’installer à Mayagüez en 1819. Il arrive de Tinchebray (semble-t-il) dans le département de l’Orne, en France. Et franchement, quoi de plus facile que de confondre deux Pedro Bernier d’origine française et vivant à Porto Rico au même moment ?
Francisco Brin
François Brin est natif de Saint-Barthélemy, et demande à bénéficier des droits accordés aux étrangers par la Cédula de Gracias du 10 août 1815. Il désire s’installer à Guayama, où il réside déjà. Il joint à sa demande un certificat de catholicité. Il indique être arrivé ici légalement avec un passeport pour y faire de l’agriculture. Il est prêt à remplir ses devoirs et à jurer fidélité. Sa demande, faite le 4 août 1823, mentionne qu’il est « majordhomme » pour Mauricio Lédée (sans doute gérant de l’habitation pour le compte de ce propriétaire). Les autorités locales semblent satisfaites de son attitude et recommandent qu’on lui accorde la carte de domicile. Il ne sait pas signer, et il n’y a rien d’autre dans son dossier. Je ne suis malheureusement pas capable de l’identifier.
Note : Joseph Maurice Lédée est né à Lorient en 1785, fils de Joseph ou Pierre Jean Lédée et de Suzanne Borniche (une sœur d’Elisabeth). En 1819, il épouse Marianne Eloïse Castagnet, qui décède à Guayama en 1834. Ensuite, il semble résider à Saint-Barthélemy où il se remarie avec Suzanne Brin. Je ne pense pas qu’il ait des descendants.
Estevan Victor Castagnet
Étienne Victor Castagnet demande la carte de domicile pour s’installer à Patillas en septembre 1831. Il est dit natif de l’île de Saint-Martin, bon catholique, vivant dans le respect de la foi, du Roi, de la religion et des lois. La traduction en espagnol du certificat de baptême indique qu’il est né le 1er décembre 1800 et baptisé le 12 dans la paroisse de la Trinité, quartier du Marigot, île de la Martinique. En fait, il est né à Marigot, sur l’île de Saint-Martin. Il est le fils de Dominique Castagnet (originaire de Toulouse) et d’Elisabeth Morfils, née à Saint-Martin. Je ne sais rien de plus le concernant, si ce n’est qu’il est parrain d’un de ses neveux à Patillas en 1846. Nous reparlerons de cette famille plus tard, car sa famille a des liens étroits avec Saint-Barthélemy et Porto Rico.
Carlos Francisco Chapedelene, natural de la isla Francesa de San Martin
Charles François Chapdelaine est né à Marigot à Saint-Martin le 5 octobre 1796, fils de Pierre Chapdelaine, boulanger originaire de Normandie, et de Marie Louise Moustier, originaire de Basse-Terre en Guadeloupe. Il fait une demande pour la carte de domicile afin de résider à Guayama le 12 octobre 1818. Il indique posséder un capital de 400 pesos. Je n’ai rien du tout sur lui.
Son père est installé comme boulanger à Gustavia, au moins à partir de 1802, époque à laquelle naissent trois frères et sœurs de Charles François. Ils sont dits de couleur libre. Je n’ai rien trouvé de plus à leur sujet.
Jean Baptiste Déravin
“Don Juan Bautista Deravin, natif de l’île de Saint-Barthélemy de ces Antilles et actuellement résident de cette commune de Patillas, déclare avec tout le respect requis devant Votre Seigneurie que, désirant établir mon domicile (avec mon père Don Francisco Deravin, également natif de ladite île) dans cette île, je me présente devant le Seigneur Lieutenant Capitaine P.A., avec les documents attestant que je professe la religion catholique apostolique romaine et que j’ai obtenu un certificat ainsi que les publications légales importantes, et que, de plus, il plaise de prendre les renseignements correspondants auprès des prélats séculiers, et que dans tout cela, Votre Seigneurie rende sa décision. Fait à Patillas, le 8 avril 1825. Juan Bautista Deravin”

Le 12 avril 1825, il envoit un deuxième courrier :
“À Son Excellence le Gouverneur et Capitaine Général,Don Juan Bautista Deravin, natif de l’île de Saint-Barthélemy, commerçant et propriétaire terrien dans le quartier de Patillas, sollicite le titre correspondant à ce statut pour lui et toute sa famille, composée de son père, Don Francisco, qui, étant malade, n’a pas pu se présenter lui-même comme l’atteste le certificat médical qu’il a eu l’honneur de remettre à Votre Excellence ; de son épouse, Dame Marie Sauveur Duzant, et de deux jeunes enfants.
Avec le plus profond respect, il expose à Votre Excellence :
Sa famille, comme il l’a indiqué, et la fortune considérable qu’il possède déjà, d’environ vingt mille pesos, et qu’il a en outre investie dans l’achat d’une plantation relevant de la juridiction de Guayama, ainsi que dans les équipements nécessaires.
C’est pourquoi il s’adresse à Votre Excellence avec le plus profond respect, pour que lui soit accordée la carte de domicile appropriée, conformément aux bonnes dispositions de la loi.
À cet effet, il déclare à Votre Excellence être chrétien catholique apostolique romain, comme il l’atteste par son certificat de baptême et les attestations du curé de sa paroisse, qu’il joint solennellement, et que son père et son épouse professent la même religion, comme il est raisonnable.
En conséquence, il supplie Votre Excellence, ayant présenté lesdits documents, de bien vouloir lui accorder la faveur qu’il sollicite.
.. et que celle-ci soit exemptée pour le présenté, son père âgé et malade, qui est à cet effet prêt à prêter le serment prescrit par la souveraine disposition indiquée, il s’engage à ce que, dès que son état de santé le permettra, il se présentera dans une autre ville, à moins qu’il ne soit jugé convenable que cette formalité soit réalisée par le maire de Patillas, au moyen d’un ordre qui lui sera donné à cet effet, ce qui est tout ce que je peux déclarer dans ces circonstances, dans la mesure permise par la loi.
De plus : Étant donné que le suppliant possède une plantation à San Bartolomé, avec la main-d’œuvre servile nécessaire, il aspire à développer ce qu’il a acquis à ce sujet, et supplie également Votre Excellence de bien vouloir lui accorder la permission de transférer lesdits esclaves de sa plantation de San Bartolomé à celle de Patillas, par le port de El Bajo, offrant de m’engager à démontrer la justesse et la légitimité de cette opération, en respectant toutes les règles et formalités que Votre Excellence voudra bien prescrire, espérant également n’avoir aucun doute quant à obtenir de Votre Excellence la concession souhaitée”.
Jean Baptiste Déravin reçoit sa carte de domicile le même jour.
Comme on le voit ici, Jean-Baptiste est un riche propriétaire et commerçant. Il est le fils de Jean-François Déravin et de sa deuxième épouse, Suzanne Questel. Il est né à la Grande Saline le 10 juin 1802.
Il a épousé Marie Sauveur Duzant, riche héritière, en janvier 1824, et ils ont eu une première fille en novembre de la même année, suivie d’une deuxième en décembre 1825. Les deux enfants mentionnés dans le courrier doivent donc être Anne Zulmis Duzant, née en 1822, fille du premier lit de Marie Sauveur (avec son cousin Jean Baptiste René Duzant), et Jeanne Caroline Déravin (la première fille du couple). Jean Baptiste Déravin et sa famille ne doivent finalement pas rester à Porto Rico. En effet, la deuxième fille du couple, Evelina Thérèse, née le 21 décembre 1825 à Saint-Barthélemy, ainsi que les quatre enfants qui suivent. Peut-être a-t-il continué à gérer à distance sa propriété de Porto Rico ; en tout cas, il n’y a plus résidé. Jean Baptiste Déravin est un personnage influent sur notre île. Il sera adjoint au maire dans le premier conseil municipal après la rétrocession de 1878. Ne trouvant pas de trace du décès de Jean François Déravin, je me demande s’il ne serait pas mort à Porto Rico.
Juan José Gréo,
Jean Joseph Gréaux réside à Patillas depuis une dizaine d’années lorsqu’il fait une demande de naturalisation au cours de 1830. Il dit qu’il est natif de Saint-Barthélemy. Il n’a pas son acte de baptême, et demande un certificat attestant qu’il est un bon catholique respectueux des lois et de la religion, qu’il s’est toujours bien comporté, qu’il est un agriculteur appliqué…
Il obtient le témoignage de Francisco Lamontagne, qui doit être Jean François Lamontagne, né le 22 mai 1799 à Saint-Barthélemy (un des neveux d’Élisabeth Borniche).
Santiago Aubin, également, témoigne en sa faveur. Il indique que sa mère a été la marraine et qu’ils sont originaires de la même île de Saint-Barthélemy, et il peut dire sans risque de se tromper que Gréo est catholique.
Frédérique Julien témoigne également. Il est capitaine de bateau et est né à Saint-Chamas en 1791. Il a épousé Suzanne Aubin en juin 1819 à Saint-Barthélemy, et il semble résider à Patillas depuis quatre ou cinq ans. Suzanne est une fille de Santiago Aubin, « père ». Je ne pense pas qu’ils aient eu d’enfants (Frédérique n’est pas mentionné dans la succession de Santiago, alors que Suzanne est décédée depuis au moins 1824).

Il est très difficile d’identifier avec certitude ce Jean Joseph Gréaux. D’abord, à cette époque, on a des Joseph, des Jean, mais pas de Jean Joseph Gréaux.
Le seul qui pourrait convenir serait Joseph Gréaux, né le 13 décembre 1785 à Saint-Jean, fils de François Gréaux et de Marie Magdelaine Brin. Sa marraine est Marie Louise Gréaux, l’épouse de François Aubin. Elle serait donc la grand-mère de Santiago Aubin “fils”. Est-ce que cela peut suffire à confirmer que nous avons le bon Joseph Gréaux ? Pour l’instant, je n’ai pas d’autre piste. Il semble qu’il y ait bien une descendance pour ce Juan José Gréo à Porto Rico.
Cristian Julian Herpin
Constant Julien Victor Herpin, de son vrai nom, fait sa demande pour une carte de domicile le 2 décembre 1831. Il dit qu’il est arrivé à Patillas il y a environ un mois, dans le but de s’y établir et d’y exercer l’agriculture. À cette fin, il a conclu un accord avec son frère pour une plantation de canne à sucre, afin de faire prospérer sa fortune. Il joint une copie de son acte de baptême en français et en espagnol. Il est baptisé à la paroisse Saint-Sauveur de Dinan, dans le département des Côtes-du-Nord, le 29 prairial de l’an sept du calendrier républicain. Il est né la veille, fils de Jean Herpin et de Guillemette Gerot.
C’est tout ce qu’on sait de lui par le dossier de Porto Rico.
Ce qu’on peut ajouter :
Il épouse Virginie Castagnet le 24 juin 1823 à Gustavia. Il semble qu’on trouve Virginie sous le nom de Célestine à Porto Rico. Virginie, ou Célestine Castagnet, est une des filles de Dominique Castagnet, sœur d’Estevan Victor que nous avons vu plus haut.
Constant Julien Victor Herpin a au moins deux frères, et je pense que celui avec lequel il veut s’installer à Porto Rico est Charles Toussaint Herpin, né à Dinan en 1802, même si je ne trouve rien sur sa présence dans cette île. Je pense que c’est lui car Charles Toussaint est venu aux Antilles, à Saint-Barthélemy précisément, et on trouve sa trace dans un rapport sur ses états de marin.
HERPIN Charles Toussaint, né le 1er novembre 1802 à Dinan, fils de Jean et de Guillemette Girot, cheveux roux, front découvert, bouche petite.
Il est matelot de 3e classe et provient des novices. N° 19 au tirage de la classe de 1822, il a embarqué au Havre le 15/09/1822 sur le navire l’Hortense, en qualité de passager, sans autorisation. Débarqué à Saint-Barthélem (sans doute pour y rencontrer son frère), s’est rendu à Saint-Eustache, puis a embarqué comme lieutenant sur le brick hollandais l’Industrie. Arrivé au Havre le 28/08/1823, il a été arrêté. En raison de son embarquement sur un navire étranger, il a été assimilé à un déserteur. Condamné à effectuer une campagne extraordinaire de 18 mois sur les bâtiments du roi, avec une moitié de la paye (a subi une détention de près de 5 mois). Congédié à Brest du vaisseau l’Eylau le 26/11/1825. Le 19/06/1832, il a déclaré renoncer à toute profession maritime. Rayé en 1833. On le retrouve, sans doute marié, en Normandie, père d’une Joséphine née en 1842.
A vrai dire, Constant Julien Herpin fait lui aussi l’objet d’un tel rapport :
Herpin Constant Julien Victor, né le 28/05/1799 à Dinan, fils de Jean Laurent et de Guillemette Gerot, yeux roux, matelot de 3e classe, déserteur du commerce. En 1823, renvoyé devant la Cour d’assises de Rouen, en vue d’être jugé pour crime de piraterie. Acquitté le 29/06/1824. À Paimbœuf, en juillet 1824, sur la Jeune Henriette allant à Santiago de Cuba, comme novice. Embarqué à Saint-Pierre (Martinique) le 23/11/1827, 2e capitaine sur la Louise. Continue à bord de la goélette l’Aimable Europe. Sur l’Elise allant de Saint-Pierre à New York, en 1829, en qualité de capitaine. Le 19/06/1832, déclare renoncer à toute profession maritime. Rayé en 1833.
Comme on l’a déjà vu pour d’autres, ces hommes, arrivés sur notre île en tant que marins, et bien qu’ayant fondé une famille à Saint-Barthélemy, continuent à sillonner les mers. Ils embarquaient sur les bateaux qui se présentaient, sans toujours savoir si c’était du commerce ou de la course, voire de la piraterie. Peut-être fermaient-ils simplement les yeux. Après tout, ils pouvaient y gagner l’argent qu’ils étaient venus chercher. Est-ce que « notre » Herpin était pour autant un pirate ? Constant aurait donc quitté la marine et décidé d’aller s’installer à Porto Rico avec ses économies en 1831.
Les frères Herpin ont un autre frère, un peu plus âgé, Jean Victor, qui fera carrière et deviendra capitaine au long cours.
On peut noter qu’en 1820, à Saint-Barthélemy, il y a un gros procès pour piraterie, avec des histoires rocambolesques, des coups de feu, des corps, des malles balancés à la mer et des rébellions de marins. Au cours de ce procès, on parle d’un capitaine Herpin. Il semble qu’il y ait effectivement eu plusieurs Herpin de Dinan, Saint-Servan ou Saint-Malo dans la marine, dont au moins un, donc, naviguait en eaux troubles.
Juan Bautista Anselmo Journard
Jean Baptiste Anselme Joumard fait la demande d’une carte de domicile le 29 novembre 1824. Il est arrivé à Patillas le 16 en provenance de Saint-Barthélemy.
“ Natif de Bayonne, habitant de Saint-Barthélemy et résident dans cette île, dans le district de Patillas, avec le respect dû à Votre Excellence, déclare : ayant eu connaissance de la fertilité de ces terres, et s’étant proposé un bon succès dans l’agriculture, il est passé dans ledit district, où il a aménagé une exploitation pour son établissement. À cette intention, il donne son passeport de Saint-Barthélemy et la copie de son baptême prouvant la religion qu’il professe. Pour appuyer sa demande, il fait valoir sa famille, composée de son épouse, de six enfants, de deux beaux-frères, et de quarante esclaves des deux sexes, ainsi que de cinq mille pesos en espèces et des outils de travail”.

Il reçoit sa carte de domicile le lendemain.
Jean Baptiste Anselme Joumard est né à Bayonne le 20 avril 1781. Il épouse Marie Adélaïde Castagnet le 18 août 1814 à Gustavia. Ils ont au moins trois enfants : Marie Angélique, 1813, Anne Adélaïde Raymonde, 1815, et Édouard Jean, 1818. Les trois naissent à Gustavia. Jean Baptiste est donc le beau-frère de Constant Julien Herpin et d’Étienne Victor Castagnet.
Il semble que presque tous les enfants de Dominique Castagnet se soient installés à Porto Rico.
Marianne Eloïse Castagnet, née à Saint-Martin en 1791, épouse Joseph Maurice Lédée à Gustavia en 1819. Ils ont au moins une fille, Joséphine Lédée. Nous les verrons dans le prochain article.
Elisabeth Marguerite, née à Grand-Case en 1794, qui épouse Felix Timoléon Voiron (né à Paris en 1798) à Gustavia en 1822, rien de plus les concernant.
Delphine Louise, née à Marigot en 1808, épouse Pierre Verges, un migrant français arrivé, semble-t-il, du sud-ouest. Ils ont au moins sept enfants.
Dominique “Fils”, né à Gustavia en 1812, épouse André Perdomo Colón, originaire de Santo-Domingo ; ils ont plusieurs enfants.
Virginie ou Céline, qui serait née à Saint-Barthélemy et qui, comme on l’a vu, épouse Constant Julien Herpin en 1823 à Gustavia, avec plusieurs enfants.
Il y a de très nombreux descendants de Castagnet à Porto Rico de nos jours.
Nous verrons la suite des dossiers dans le prochain article.
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