Le 27 avril 1762, Pierre QUESTEL, âgé de 29 ans, et natif de Saint-Barthélemy, épouse Renée BERNIER, veuve de Charles BOUTIN, native de cette île, et âgée de 58 ans.
Pierre est né le 23 mai 1735 sur notre île, et baptisé le 28 mai de la même année. Il est le fils de Pierre QUESTEL et de Susanne Louise GRÉAUX, cultivateurs au Colombier.
Renée ou Reine BERNIER est la fille de Pierre BERNIER et de Jeanne TARDIEU. Elle serait née vers 1704 donc, mais sans précision. L’acte de mariage indique qu’elle est veuve d’un Charles BOUTIN, mais c’est une erreur du curé dans la rédaction. En effet, Reine BERNIER était mariée à Charles BEUZE, issu des colons de Saint-Christophe. Je pense que Charles est le frère de Michel, époux de Catherine LAPLACE. Reine et Charles ont eu sept enfants, mais je n’ai pas recherché leurs descendances possibles, en tous cas ils ne restent pas sur notre île, ou ils décèdent en bas âge.
Reine BERNIER décède à Saint-Barthélemy le 11 octobre 1774, sans avoir eu d’enfant avec Pierre.
Pierre QUESTEL, se remarie avec Elisabeth LÉDÉÉ le 28 octobre 1775. Je n’ai pas la filiation de cette Elisabeth LÉDÉE pour l’instant.
Pierre et Elisabeth sont installés sur les hauteurs délimitant Saint-Jean et la Saline. Ils sont tour à tour dits cultivateurs dans l’un ou l’autre des deux quartiers.
Le couple aura quatre enfants :
Jean Pierre en 1776, qui épousera Elisabeth QUESTEL en 1797. Ils auront quatre enfants entre Salines et Gouverneur, et vingt-trois petits enfants.
Marie Magdelaine vers 1780, qui épousera Pierre LAPLACE « coq » en 1804. Ils habitent la Grande Saline et auront neuf enfants et trente-trois petits enfants.
Elisabeth en 1780, qui épousera Jean François BERNIER « Alexis » en 1800. Ils habitent la Grande Saline et auront trois enfants, mais je n’ai pas de descendance ensuite.
Jacques ou Jean Baptiste dit « Cadet » en 1781 qui épousera Jeanne Rose GRÉAUX en 1803. Ils sont cultivateurs à Gouverneur et ils auront deux enfants et neuf petits-enfants.
A noter que « Cadet » est assassiné par son beau-frère Antoine GRÉAUX le 15 avril 1810. En effet, victime de violences conjugales, Jeanne Rose avait demandé le divorce depuis 1809, mais, les lenteurs de la justice ne lui accorderont le divorce qu’après l’assassinat de son mari violent. Devant les souffrances subies par sa sœur, Jean Baptiste QUESTEL allant jusqu’à déchirer le contrat de mariage, et à la battre régulièrement, Antoine GRÉAUX avait décidé d’intervenir de manière plus radicale.
Elisabeth LÉDÉE, la deuxième épouse de Pierre QUESTEL donc, décède le 25 juin 1786. Aucun inventaire de succession n’est fait avant le 10 septembre 1790. A noter que tellement de temps s’est écoulé depuis, qu’on semble en avoir oublié la date, et le notaire indique qu’elle est décédée en 1785.
L’inventaire indique une habitation de huit carrés à l’anse du Gouverneur « de terre tant bonne que mauvaise », bornée à l’est et au sud par le Sieur BRIN, au Nord, par Dominique VITTET, au nord-ouest, par Antoine GIRAUD, et à l’ouest, par Joseph LAPLACE. Sur cette habitation, il y a une maison couverte de paille, une cuisine construite de même, et deux case à nègres. Là, il est indiqué « à voir le contrat de mariage passé entre les dits époux le 28 octobre 1775 ». Malheureusement, ce document n’est pas disponible.
Le couple possède six esclaves :
André, un des nègres mentionnés dans ledit contrat de mariage, créole âgé d’environ vingt-sept ans, et Louise, « négresse de la côte », âgée d’environ vingt-cinq ans. Les quatre autres esclaves sont les enfants du couple.
Le couple possède aussi un lit de bois de sap, une table de bois de sap, un banc et une chaise en bois de sap également, quatre plats d’étain, et huit plats de Fayence, huit cuillères d’étain et quelques gobelets et flacons, trois coffres dont un fermant à clef, un épervier, une égoïne et un cadenas, six barils vides, une platine et trois chaudières, une meule, un moulin à coton, un mortier de gayac et dix barils vides.
Le total de la succession atteint 1288 gourdes, dont 904 gourdes pour les esclaves seulement. C’est une assez grosse somme pour cette époque dans les familles de la campagne.
L’inventaire est fait à cette date, car dans la foulée, Pierre QUESTEL épouse Magdelaine « Nanny » GRÉAUX. Le mariage a lieu le 28 septembre 1790 « en langue Française et selon les rites de notre église évangélique Luthérienne dans l’église du bourg de Gustavia, en présence d’Antoine GIRAUD et de Charles PIMONT ». Il faut donc comprendre que le mariage a lieu dans l’église Luthérienne de Gustavia.
Magdelaine GRÉAUX est la fille de François GRÉAUX et de Marie Magdelaine BRIN, cultivateurs à Saint-Jean où elle est née le 28 septembre 1761. Elle a quatorze frères et sœurs, dont deux, dont nous avons déjà parlé ici. En effet, les relations familiales ne sont pas toujours faciles à suivre, comme vous allez en avoir un aperçu. Marie Magdelaine est la sœur de Jeanne Rose, celle dont le mari « Cadet » QUESTEL sera assassiné par Antoine GRÉAUX, aussi son frère, en 1810. Si vous avez bien suivi, vous vous rappelez que « Cadet » QUESTEL est donc le fils en premières noces du mari de Magdelaine … On peut aussi dire que Magdelaine est la sœur de Jean Baptiste GRÉAUX qui épouse Reine Catherine MUTREL en 1785. Celle-ci, au terme d’une longue histoire judiciaire obtient le divorce en 1804. Ce divorce sera suivi d’une action en justice par Magdelaine, ses frères et ses sœurs, pour récupérer les biens de Jean Baptiste à son décès, le couple n’ayant pas eu d’enfants …
Magdelaine GRÉAUX et Pierre QUESTEL auront cinq enfants dont trois atteignent l’âge adulte :
Elize ou Elisabeth, née vers 1790, elle épousera Jacques GRÉAUX « Merlet », veuf en premières noces de Marie Louise Suzanne VANTRE. Ils auront deux enfants sans descendance.
Henriette Anne, née vers 1791, elle épousera Pierre VANTRE en 1821. Ils auront une fille d’où descendance.
Elisabeth Marianne, née le 29 mai 1792, elle épousera Jean Baptiste « Bazin » LÉDÉE en 1815 et ils auront cinq enfants d’où descendance.
Pierre QUESTEL « le manchot » décède quelques temps avant la fin mai 1807. Et les règlements de compte vont s’enchaîner.
Le 25 septembre 1809, Magdelaine écrit à la Cour de justice « que dans la nuit du 22 au 23 de ce mois, étant, la suppliante, depuis quelques heures dans le sommeil, ainsi que ses enfants et domestiques, elle avait été réveillée, entre onze heures et minuit, par les flammes qui consumaient sa maison, et par lesquelles, elle aurait été surprise avec sa famille, sans le recours de la providence. Que l’ordre et la disposition de sa maison, et le côté par lequel le feu a pris ne lui laisse aucun doute qu’il ait été mis par une main ennemie. Qu’elle soupçonne son beau-fils, le sieur Jean QUESTEL, d’avoir été l’auteur de cet incendie qu’elle fonde ses soupçons sur la haine implacable que cet homme lui aurait toujours montrée, sur les mauvais traitements qu’elle en aurait éprouvé en différents temps, sur la menace plusieurs fois réitérée qu’il lui a faite de la brûler dans sa case (ce sont ses propres termes), et sur le caractère atroce qui lui est connu …/… »
Donc, le Jean QUESTEL dont il est question ici, c’est « Cadet », le fils du premier lit de Pierre QUESTEL, mais aussi, donc, le beau-frère de Magdelaine, car il est marié avec sa sœur Jeanne Rose.
Le 16 juillet 1821, « Pierre LAPLACE fils dit Coq, Jean François BERNIER, la veuve Jean Pierre QUESTEL, et Jeanne Rose GRÉAUX veuve Cadet QUESTEL, soussignés habitants demeurant au quartier de la Grande Saline en cette île de Saint-Barthélemy » adressent une pétition à la Cour de justice. Il s’agit donc ici d’une plainte envoyée par les quatre enfants (ou leurs conjoints) issus du mariage de Pierre QUESTEL et d’Elisabeth LÉDÉE qu’on a vus plus haut.
La plainte continue ainsi « disant messieurs, qu’après le décès de sieur Pierre QUESTEL, sa veuve Nanny GRÉAUX, après l’inventaire des biens de feu son mari, n’a pas rendu compte de ce qui revenait aux suppliants héritiers du défunt, et que lui ayant plusieurs fois demandé, elle s’y était refusée, disant qu’ils n’étaient pas héritiers ». Après en avoir reçu procuration des autres, c’est Pierre LAPLACE qui porte la plainte aux autorités.
L’assignation à comparaitre est délivrée le 23 juillet « par un sergent assisté d’un caporal ».
Quelques jours plus tard, Magdelaine charge son beau-fils, Pierre VENTRE, de la défendre devant le tribunal.
Par décision de justice, on procède enfin à la liquidation de la communauté le 28 aout 1821. Pierre QUESTEL est décédé depuis plus de quatorze ans !
C’est Fredric Ludwig THENSTEDT, vice-justice en cette île, qui procède au partage définitif de la succession de Pierre QUESTEL, en présence des héritiers tant du premier lit que du deuxième.
Du premier lit :
Les héritiers de Jean Pierre QUESTEL représenté par sa veuve, Elisabeth QUESTEL, mère de neuf enfants âgés de 19 à 6 ans,
Les héritiers de Jean Baptiste « Cadet » QUESTEL, représentés par Jeanne Rose GRÉAUX sa veuve et mère de deux enfants,
Elisabeth QUESTEL représentée par son mari Jean François BERNIER,
Magdelaine QUESTEL, représentée par son mari Pierre LAPLACE fils.
Du deuxième lit :
Elize QUESTEL, âgée de trente-trois ans,
Henriette QUESTEL, épouse de Pierre VANTRE,
Marie Anne QUESTEL, représentée par son mari Jean Baptiste LÉDÉE,
Et de Magdelaine GRÉAUX, veuve du sieur QUESTEL.
Il est dit qu’à l’inventaire de 1790, Pierre QUESTEL rendit compte à ses enfants de la succession de leur mère, et qu’il eut un lot lui-même. On parle ici de trois femmes esclaves pour une valeur de 491 gourdes.
Au décès de Pierre, et à l’inventaire que fit faire Magdelaine GRÉAUX, il n’y avait plus qu’une valeur de 301 gourdes, mais aussi des dettes, dont les frais d’inhumation pour 67 gourdes. « Il ne devrait donc rester que 234 gourdes environ, mais, comme les prix des choses ont monté ou descendu depuis 1807, vu aussi que dans le montant des dettes passives se trouvent aussi celles de l’enterrement qui devrait se trouver au compte particulier de sa succession, et vu encore le déficit qui existe entre le lot échu au défunt et par la division des biens de sa première communauté d’avec ceux qui composent la seconde dans laquelle sont compris divers ??? et les esclaves, on a cru devoir en venir au récolement ci-après pour ensuite procéder au partage dont s’agit ».
François DÉRAVIN et Michel Tiran BABIN font office d’arbitre, et Joseph BERNIER, tiers arbitre.
Il n’y a qu’une terre d’un carré (localisation non précisée) acquise par la seconde communauté.
Il y a une esclave de la première communauté, Jeannette, âgée de trente-neuf ans. Elle avait un enfant âgé d’environ quatre ans, Jean Baptiste, mais il a été vendu entre temps.
Il y a aussi deux négrillons âgés de huit et six ans, également enfants de Jeannette. Ils sont indiqués comme appartenant à la seconde succession.
S’ensuit deux pages de savant calculs qu’on à peine à déchiffrer, encore moins à comprendre, mais chacun des héritiers se voit attribuer une part de 12 gourdes et 8 escalins.
Après que tout le monde a signé, on s’aperçoit que les frais de justice ont été oubliés, pour un montant de 4 gourdes et 10 escalins. Chacun des héritiers devra donc payer cette somme à Pierre LAPLACE fils.
La descendance de Pierre QUESTEL « le Manchot » est immense de nos jours, tant sur notre île, principalement à Lurin, Public et l’Anse des Cayes, mais pas que, ainsi qu’à Saint-Thomas ou aux Etats-Unis.
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